L’herbe des nuits de Patrick Modiano

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Mêlé de près à une affaire criminelle dans l’atmosphère trouble du Paris de la guerre d’Algérie, Jean rouvre une enquête classée sans suite et tente de mettre au clair les circonstances qui l’ont conduit à fréquenter la bande de l’Unic Hôtel et une certaine Dannie dont il était amoureux. En recoupant ses souvenirs avec les pièces d’un dossier de la brigade des moeurs, Jean, vraisemblablement le dernier témoin de cette affaire, explore au fil de ses déambulations nocturnes cet espace entrouvert où la mémoire rejoint l’oubli.

Extrait :« Mais je gardais mon sang-froid. Je m’étais souvent trouvé dans ce genre de situation, fuyant les gens que je connaissais, car j’éprouvais une fatigue soudaine à leur parler. Je changeais de trottoir à leur approche ou bien je me réfugiais dans l’entrée d’un immeuble en attendant leur passage. Il m’était même arrivé d’enjamber une fenêtre de rez-de-chaussée pour échapper à quelqu’un qui me rendait visite à l’improviste. Je connaissais beaucoup d’immeubles à double issue, dont une liste figure dans mon carnet noir ».

Un roman envoutant, avec des passages lugubres voire glauques et cette ambiance des sixties chère à l’auteur.

Le héros est écrivain et déambule dans les rues de Paris et se souvient de sa vie d’étudiant en compagnie de Dannie jeune femme mystérieuse. A la fois récit et en partie polar, nous suivons l’héroïne confrontée à des évènements suspects : qui est cette femme ? Qui sont les hommes qu’elle retrouve le soir dans l’hôtel où elle loge ? Un commissaire convoque d’ailleurs notre héros pour lui poser des questions sur tous ces personnages. La quête de Jean nous entraine dans un Paris des années 60 si différent d’aujourd’hui avec des descriptions de façade, de cafés.

C’est comme dans un film, je suis happée par l’écriture de Modiano qui me transporte et m’emporte à la fois dans ces années lointaines mais aussi me permet de partager la vie de ces héros. Une écriture élégante et envoutante qui nous livre une réflexion sur les conséquences des recherches sur son passé : attention aux fantômes qui surgissent.

Venez partager aussi la vie de Jean, Danny et les autres : vous ne serez pas déçu !

Plein de nostalgie et quelle écriture : à lire.

Notation :

L’homme joie de Christian Bobin

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J’ai rêvé d’un livre qu’on ouvrirait comme on pousse la grille d’un jardin abandonné.

Extraits: “Si mes phrases sourient, c’est parce qu’elles sortent du noir”.

«Je regarde le bleu du ciel. Il n’y a pas de porte. Ou bien elle est ouverte depuis toujours. Dans ce bleu, j’entends parfois un rire».

Christian Bobin, né le 24 avril 1951 au Creusot en Saône-et-Loire où il demeure, est un écrivain et poète français.

Ce livre est déroutant : à la fois lumineux, beau et fort mais aussi ennuyeux passé la moitié.

C’est un long poème dédié à la beauté de la vie, à sa femme disparue, à son père mais aussi notamment au peintre Soulages.

Composé de quinze récits, Christian Bobin nous raconte la simplicité de la vie et les beautés qui nous entourent comme les fleurs, les animaux, les peintures.

Mon sentiment : sur les premiers textes, j’étais emballée et transportée par la poésie du texte puis je me suis ennuyée et surtout j’ai moins apprécié les références au Christ.

Donc avis mitigé mais je lirai d’autres textes de cet auteur pour profiter de ses mots touchants de simplicité.

 

Notation :

La fille sur le coffre à bagages de John O’Hara

lafillesurlecoffreÀ New York, pendant la Prohibition, James Malloy, attaché de presse pour une société de production cinématographique, accompagne Charlotte Sears, actrice sur le déclin et maîtresse d’un riche homme d’affaires lié à la pègre. Au retour d’une réception, la star et son amant ont un accident de voiture… Ami d’Hemingway et de Fitzgerald, John O’Hara, qui fut surnommé par la critique « le Balzac américain », excelle dans le portrait désenchanté d’une société où l’on promène ses chagrins en limousine et en vison, en buvant du champagne…

 

Écrivain américain, John O’Hara (1905-1970) a quitté très tôt l’école et a exercé des métiers aussi divers que secrétaire, mécanicien, gardien de parc ou reporter… Auteur de romans, de scénarios et de nombreuses nouvelles, il a notamment écrit des feuilletons pour The New Yorker. Une de ses œuvres majeures est Rendez-vous à Samarra (1934). Sa vie mouvementée l’empêcha d’accéder à la reconnaissance critique qu’il méritait.

 

Futile, et décevant, je n’ai pas terminé ce livre.

L’histoire trop simple manque d’épaisseur, pas d’accroche non plus. C’est une succession de dialogue entre une comédienne et un journaliste.

Pas d’intrigue et je me suis ennuyée donc je ne vous le conseille pas.

J’ai préféré le roman «Rien n’est trop beau » de Rona Jaffe qui dépeint si bien la société américaine des années 50 (voir le commentaire publié sur ce site).

Vivement le prochain livre pour retrouver mon enthousiasme habituel.

Notation :

Mississipi d’Hillary Jordan

 mississipi_Un amour interdit, une terrible trahison, une agression d’une sauvagerie inouïe dans le Mississippi des années 1940. Dans la lignée d’un Faulkner, un roman d’une puissance étonnante qui nous plonge dans la brutalité et les contradictions du Vieux Sud. Lorsqu’elle découvre la ferme que son mari, Henry, vient d’acquérir, Laura McAllan comprend qu’elle n’y sera jamais heureuse. Pourtant, en épouse et mère dévouée, elle s’efforce d’élever leurs deux fillettes, sous l’oeil haineux de son beau-père, membre du Ku Klux Klan. Alors que les McAllan luttent pour tirer profit d’une terre peu fertile, deux soldats rentrent du front : Jamie, le jeune frère d’Henry, aussi séduisant et sensible que son aîné est taciturne et renfermé. Et soudain, Laura se sent renaître… Ronsel Jackson, le fils des métayers, un descendant d’esclaves qui, pendant quatre ans, s’est permis de croire qu’il était un homme. Mais le Sud va se charger de lui rappeler qu’il n’est qu’un nègre…

 

C est un premier roman qui se dévore.
Nous sommes plongés dans l’Amérique des années 40 avec des personnages puissants, rudes et émouvants
D’un côté les blancs propriétaires de la ferme et de l’autre les noirs métayers au service des blancs. Laura l’épouse du propriétaire est parachutée dans cet endroit isolé du Mississipi et alors sa vie bascule. À Memphis, Laura vivait en ville et dans une maison confortable alors que dans cette ferme, elle est isolée et surtout n’a aucune commodité à l’intérieur – pas d’eau courante et pas de toilettes – la vie est bien rude dans cet endroit isolé.
Les différents personnages s’expriment tour à tour et nous dépeignent leur vie : Florence la femme noire, sage-femme et bonne à tout faire de Laura, Henry le mari de Laura, Hap le métayer, Ronsel le fils aîné des métayers et enfin Jamie le jeune frère de Henry juste revenu de la guerre.
Ce roman choral raconte la dureté de la vie dans le Mississipi en 40, le racisme et aussi les ravages de la deuxième guerre mondiale.
Une fois entamé j’ai eu du mal à lâcher ce livre à la fois bouleversant et plein de suspense, je vous le recommande.

Hillary Jordan vient de publier son deuxième roman “Ecarlate”, un pamphlet contre les dérives sectaires d’une société américaine puritaine et intolérante.

Notation :

Une odeur de gingembre d’Oswald Wynd

odeurdegingembreEn 1903, Mary Mackenzie embarque pour la Chine où elle doit épouser Richard Collinsgsworth, l’attaché militaire britannique auquel elle a été promise. Fascinée par la vie de Pékin au lendemain de la Révolte des Boxers, Mary affiche une curiosité d’esprit rapidement désapprouvée par la communauté des Européens. Une liaison avec un officier japonais dont elle attend un enfant la mettra définitivement au ban de la société. Rejetée par son mari, Mary fuira au Japon dans des conditions dramatiques. À travers son journal intime, entrecoupé des lettres qu’elle adresse à sa mère restée au pays ou à sa meilleure amie, l’on découvre le passionnant récit de sa survie dans une culture totalement étrangère, à laquelle elle réussira à s’intégrer grâce à son courage et à son intelligence. Par la richesse psychologique de son héroïne, l’originalité profonde de son intrigue, sa facture moderne et très maîtrisée, Une odeur de gingembre est un roman hors norme.

Délicieusement rétro, ce roman nous transporte en Extrême Orient entre 1903 et 1942.

Oswald Wynd est un auteur écossais né en 1913 (mort en 1998) qui écrit ce roman en 1977. Son seul roman puisque ses autres écrits sont des romans policiers écrits sous un pseudonyme.

C’est un mélange de journal intime et de roman épistolaire qui nous raconte la vie de Mary Mackenzie, jeune écossaise de 20 ans qui en 1903 prend un bateau qui la conduit vers son fiancé Richard militaire écossais installé en Chine.

La première partie nous relate son épopée maritime puis son installation à Pékin dans une époque troublée puisque la révolte des Boxers vient de se terminer. Ce qui émeut surtout, c’est la vie de cette jeune femme mal préparée au mariage et qui découvre le monde et la vie dans un monde masculin et anglican.

La vie est ardue pour une femme en ce début du 20ème siècle. Mary est confinée dans le quartier des Légations et son mariage l’étouffe, Richard peu présent est un archétype du modèle masculin de l’époque, cantonnant sa jeune épouse à un rôle de représentation lors des dîners qui lui serviront à asseoir sa position. Quelle tristesse de voir Mary s’étioler.

Mais sa vie va basculer lorsqu’elle rencontre l’amour : un officier japonais la fait chavirer. L’épopée ne s’arrêtera pas là et Mary va devenir nippophile et traverser beaucoup d’aventures au Japon.

Dans ce roman, ce qui est passionnant ce sont aussi les descriptions des cultures chinoises et japonaises face à des européens si différents. Mary bien qu’étrangère, parvient à se mélanger en apprenant la langue et les coutumes.

Ecrit avec sensibilité et finesse, le destin de Mary est un beau voyage dans le temps et en Orient qu’on suit avec délectation, je vous invite à vous y plonger …

Notation :