Laura KASISCHKE : Les revenants

Un véritable bijou ce livre : à la fois une grande découverte littéraire et une profonde émotion tout au long du livre.

Ce livre m’a réellement « hantée » de bout en bout, je l’ai lu très vite avec une grande délectation.

L’écriture est fluide , les personnages profonds.

Difficile de qualifier ce livre : mélange de fantastique, policier et roman.

C’est aussi la combinaison des genres qui lui donne son sel.

L’auteure nous plonge dans la réalité quotidienne d’un campus américain avec un sens de l’observation aigu.

Les évènements décrits sont intrigants, dérangeants et souvent terrifiants : les étudiants soumis au bizutage de sectes aux rites macabres vivent dans un monde très menaçant.

Ce qui nous étonne aussi c’est la plongée vers l’enfer du mensonge, des meurtres avec une désinvolture apparente des étudiants vraiment terrifiante; à tel point qu’on se dit, y a-t-il un fonds de vérité dans cette histoire ?

Laura Kasischke a un talent de conteuse immense avec une poésie qui percute l’horreur de certaines situations : c’est à la fois envoutant, troublant et terrifiant.

Pour ma part, j’en redemande : je vais me précipiter sur la lecture du reste de son oeuvre.

Un excellent moment de lecture.

Notation :

Amy CHUA : L’hymne de bataille de la mère tigre

 Quel choc, époustouflant et édifiant !

L’éducation des enfants à la méthode chinoise : ce livre nous apporte des clés pour comprendre la culture chinoise et notamment le culte de l’excellence poussé à l’extrême.

Ce livre est aussi déstabilisant lorsque l’auteur nous raconte ses méthodes pour obliger sa cadette à apprendre le piano : la scène où elle oblige Lulu à prendre sa première leçon de piano à 3 ans; la petite refusant d’obéir à sa mère, celle-ci la chasse et l’envoie dehors en pull alors que le temps est glacial; à ce moment là, je me suis dit « non, elle ne va pas faire ça ! »; finalement, devant l’obstination de sa fille, c’est la mère qui cède craignant de voir sa fille tomber malade.

En tant que parent, cette scène est difficile et là j’ai mesuré le poids de la culture sur l’éducation des enfants.

Pour Amy Chua, pas question de suivre le modèle occidental d’éducation des enfants trop permissif, individualiste et voué à l’échec. Cette mère préfère le modèle de ses parents en éduquant ses enfants à la chinoise.

Bien sûr, une rupture aura lieu car sa cadette plus difficile que son ainée va se rebeller et refuser l’omniprésence de sa mère.

Même si après ce choc la mère « tigre » lâche en partie son emprise, elle continue de suivre de très près sa fille et apprend toutes les règles du tennis par exemple pour continuer à conseiller sa fille.

En tant que parent, ce livre interpelle et même si je vais pas modifier mon modèle éducatif, cela donne à réfléchir.

J’ai beaucoup parlé de ce livre autour de moi et notamment à mon fils.

En résumé, un document intéressant, enrichissant et à offrir aux jeunes parents !

Notation :

Nicolas FARGUES : Tu verras

C’est un grand roman sur la paternité écrit avec sensibilité et très émouvant.

Criant de vérité et concret, ce livre décrit avec une grande précision les relations père-enfant.

Le narrateur père d’un adolescent nous raconte comment, suite à la perte de son enfant, il perd pied au point de tout remettre en cause. Ses relations avec son père, son ex femme, sa compagne changent et des nouvelles questions vont venir bouleverser sa vie. Comment aimer son enfant, que doit-on lui transmettre, quelles valeurs lui donner ?

Pas de tabou dans ces descriptions des rapports père-fils et une grande justesse.

Par moment, je continuai de lire pour en « finir » plus vite puis à d’autres moments l’émotion et surtout l’arrivée de la femme témoin et le départ pour l’Afrique ont donné un nouveau rythme et surtout un espoir de sortir de ce tunnel.

Ce livre m’a frappée par sa sincérité, les questions posées sur les relations parents-enfants sont justes et font forcément écho à des situations déjà vécues.

Un livre qui une fois posé revient nous hanter et surtout nous interpeller sur nos relations avec nos enfants.

Un auteur que je vais suivre dorénavant pour ses sujets d’actualité et son écriture fluide et prenante.

Notation :

Delphine de VIGAN : Rien ne s’oppose à la nuit

 

Très émouvant et poignant ! Très beau roman sur la vie de la mère de l’auteur : roman ou biographie ?

Non ce n’est pas une biographie puisque l’auteur mène son enquête sans tout nous révéler pour autant, tout est dépeint subtilement par petites touches, suggéré et non asséné

A la fois sombre et lumineux, dur et sensible ce livre dépeint une histoire familiale lourde de secrets, de non-dits et de drames qui marqueront l’enfance de Lucile. Faut-il y voir un lien avec ses dérèglements futurs et sa maladie ?

Rien n’est dit complètement mais simplement suggéré.

Ce livre m’a beaucoup émue, l’enfance de sa mère puis de l’auteure ont été traversées d’évènements graves mais aussi ponctués de bonheurs et d’un vrai esprit de famille.

La maladie de sa mère est traitée avec de la pudeur malgré un réalisme certain.

L’auteure ne s’est-elle pas forgée une vraie force de caractère en vivant tous ces évènements ?

Un livre qui une fois posé ne nous quitte jamais tout à fait ce qui démontre sa force notamment grâce à une écriture qui met une distance entre l’évènement et le lecteur et ne porte pas de jugement sur les faits.

Je suis D. De Vigan depuis « No et moi » livre que j’ai prêté et offert beaucoup autour de moi puis « les heures souterraines », ce nouveau livre montre une fois de plus son talent dans l’exercice difficile de se raconter au travers de sa famille.

Une belle prouesse, un beau moment d’écriture : j’ai adoré !

Notation :

Sorj CHALANDON : Retour à Killybegs

 

Poignant et fort sont les deux principaux qualificatifs pour ce roman.

Poignant car à travers de l’histoire de ce vieillard transparait le combat des irlandais pour défendre leurs droits et leur existence face à l’oppresseur : les anglais.

L’auteur se fait le porte-parole de Tyrone Meehan qui raconte à 81 ans comment il a été amené à trahir les siens.

Pour tout comprendre, nous traversons avec lui toute sa vie : son enfance entre un père violent qui le bat et l’insulte en anglais (au lieu d’utiliser le gaélique), sa mère qui enchaine les naissances et surtout ce qui domine dès son plus jeune âge c’est la haine des anglais.

Son père membre de l’IRA abandonne les siens et disparaît un jour , alors adolescent Tyrone se retrouve enrôlé par l’IRA comme son frère ainé et ses amis.

 

L’auteur raconte le combat des irlandais : l‘intransigeance des anglais, l’amour des irlandais pour leur pays, la violence entre les deux camps, la répression, la foi et surtout le courage incroyable des irlandais qui face aux conditions inhumaines d’emprisonnement imposées par les anglais résistent avec la seule arme qui leur reste : la grève de la faim. Des dizaines d’irlandais meurent de faim dans les prisons anglaises.

C’est une plongée captivante dans l’univers de l’IRA : effroyable par sa violence et en même temps saisissant par l’engagement des irlandais tous unis contre les anglais.

Ce roman est aussi l’histoire d’une trahison : de la mère patrie ? De ses plus proches amis ? De sa famille ?

Tout est compliqué pour Tyrone car tout se confond mais l’enjeu n’est-il pas la paix ? Notre héros est-il un faible ?

Je ne connaissais pas Sorj Chalandon mais grâce à cette lecture, je suivrai dorénavant cet auteur qui dépeint si bien l’âme humaine et ses errements.

 

Notation :