Paola Masino : La Massaia

La Massaia
La Massaia

Résumé :

Voici une petite fille qui a décidé de ne rien faire comme tout le monde. Elle a choisi de vivre… dans une malle. Oubliée de sa famille et de la société, entièrement absorbée par ses questionnements sur le sens de l’existence, elle ignore les devoirs qui incombent à toute femme. Car, sous l’Italie fasciste – où l’on devine que se situe le roman –, les femmes sont assignées au mariage et à leur foyer : «Des enfants, des enfants ! » assénait Mussolini. Sale, repoussante, cette étrange créature fait le désespoir de sa mère. Jusqu’au jour où elle cède à ses suppliques : adolescente, elle sort de la malle.

L’auteur :

À l’instar de son héroïne, Paola Masino (1908-1989) fut une femme moderne et émancipée, très critique à l’égard des valeurs réactionnaires du fascisme. Intellectuelle d’avant-garde, figure des cercles artistiques et littéraires du XXe siècle, elle fit scandale dans son pays par sa liaison avec l’écrivain Massimo Bontempelli, séparé de son épouse et de trente ans son aîné. Francophile, elle fut aussi la traductrice en Italie de Barbey d’Aurevilly, Balzac ou Stendhal.

Mon avis :

Avant même d’entamer la lecture, l’histoire du livre est déjà extraordinaire et m’a interpellée : le livre a été censuré par les fascistes puis l’imprimerie produisant le livre a brûlé et l’auteur a dû reconstituer son roman. C’est aussi une première traduction française soixante-quinze ans après sa publication en Italie.

La « Massaia » est une ménagère ou femme au foyer, un synonyme de la femme dans ces années quarante. Bien qu’issue d’un milieu aisé, notre héroïne n’échappe pas à la condition subalterne de la femme.

Oui c’est un roman féministe mais pas uniquement car cette fable atypique est également le reflet d’une époque.

Après une enfance différente, cachée dans une malle, à peine sortie de sa chrysalide, elle devient une Massaia, une épouse modèle qui doit répondre tous les besoins de son mari quitte à se renier.

Le style parfois grandiloquent et théâtral peut étonner le lecteur sans nuire au plaisir de lecture.

Si on aime les livres qui surprennent avec du fonds, je vous le conseille car vous serez comblés.

Paru aux éditions de la Martinière le 29 août 2018.

Notation :

Amy Liptrot : L’écart

L’écart
L’écart

Résumé :

Grande, fine, intrépide et avide de passion, elle vacille, tel un petit navire dans la tempête, elle hésite entre deux destins : se laisser emporter vers le sud, vers ce Londres qui brille, dans la nuit violente qui fait oublier le jour où l’on est trop seul, où tout est trop cher, où le travail manque. Ou se fracasser contre les falaises de l’île natale, dans cet archipel des Orcades battu des vents dont la vie rude lui semble vide et lui fait peur. Elle l’ignore encore mais il existe une troisième voie : écouter résonner l’appel qui la hante, qui vient toucher cette part d’elle assoiffée de grand large, de grand air, de grande beauté. Non pas rester mais revenir. Choisir.

L’auteur :

Surnommée « la femme du Roi caille » par les soixante-dix autres résidents de la petite île de Papay, Amy Liptrot est retournée à Orkney pour travailler avec la Société Royale de protection des oiseaux. Elle y enregistre et documente des informations sur le Roi caille – un oiseau rare et secret qui construit son nid dans les hautes herbes et fait le bruit d’une cuillère traînée contre un égouttoir à vaisselle. Elle est la lauréate du PEN Ackerley Prize 2017 et du Wainwright Prize 2016. L’Écart est son premier roman.

Mon avis :

Un roman puissant qui vous prend aux tripes et ne vous laissera pas indifférent.

Pourquoi ce titre ? L’écart est une bande de terre le long de la côte, dans ces îles des Orcades, un endroit où les animaux sauvages et domestiques cohabitent à l’abri du monde.

Ce livre lumineux raconte le combat contre l’alcoolisme de cette jeune femme qui lutte pour se libérer de l’emprise de l’alcool. Pour résister aux tentations, elle a décidé de retrouver la terre de son enfance et là, elle va tester la puissance salvatrice de la nature. La puissance du vent et des éléments de cet environnement sauvage vont-ils lui apporter l’apaisement ?

L’alcool lui manque tellement, le combat est si difficile ! Elle suit le programme des Alcooliques Anonymes qui s’apparente à une thérapie cognitive et comportementale : on lui demande de prendre du recul et de mesurer les conséquences de ses actes.

Sur le chemin de la résurrection, elle se plonge dans l’étude des oiseaux de l’Île de Papay, nage dans ses eaux glacées et sort difficilement la tête de l’eau. Chaque jour sans alcool, c’est un peu de liberté gagnée.

Cette ode à la nature est empreinte à la fois de noirceur et de douceur. La narration limpide et poétique captive le lecteur.

Ce livre est un ovni, un « nature writing » qui marquera profondément chaque lecteur.

Paru le 29/8 aux Éditions du Globe.

Notation :

Rentrée littéraire automne 2018 : dans ma pile …

La Massaia de Paola Masino aux Éditions de la Martinière

La découverte d’un chef d’œuvre de la littérature italienne, jamais publié en France.

Une fable littéraire, féministe et anticonformiste écrite sous l’Italie fasciste de Mussolini.

L’écart d’Amy Liptrot aux Éditions Globe

L’écart raconte la vie d’une femme, son combat contre l’alcool et la joie que procure la communion avec la nature écossaise des îles des Orcades.

La neuvième heure d’Alice McDermott aux Éditions de la Table Ronde, collection Quai Voltaire

La lauréate du National Book Award nous livre un autre roman délicieux, dans lequel celles qui apparaissent d’abord comme insignifiantes se révèlent être des héroïnes, inflexibles dans leur dévotion aux humains faillibles qui les entourent.» O, The Oprah Magazine.

Et j’abattrai l’arrogance des tyrans de Marie-Fleur Albecker aux Éditions Aux forges de Vulcain

Dans ce premier roman de feu, Marie-Fleur Albecker invente une langue neuve pour une révolte ancienne, celle de la guerre sociale, du faible contre le fort, de la justice contre l’inique. Une langue qui mêle le sublime et le grotesque, le lyrique et le comique, une langue instruite de ce fait : il faut tenter de changer le monde – ce monde qui jamais ne change.

Pleurer des rivières d’Alain Jaspard aux Éditions Héloïse d’Ormesson

Enfreindre la loi peut se révéler fatal. Julien, brillant avocat, le sait mieux que personne. Pourtant, lorsqu’il parvient à obtenir la relaxe de son client, Franck, un Gitan d’Argenteuil, il n’imagine pas que leurs épouses respectives vont les entraîner dans une folle aventure.

Les mains dans les poches de Bernard Chenez aux Éditions Héloïse d’Ormesson

Les mains dans les poches est une promenade nostalgique et poétique qui accepte et dépose enfin ses fantômes.

Mo Malo : Qaanaaq

Qaanaaq
Qaanaaq

Résumé :

Adopté à l’âge de trois ans, Qaanaaq Adriensen n’a jamais remis les pieds sur sa terre natale, le Groenland. C’est à contrecoeur que ce redoutable enquêteur de Copenhague accepte d’aller aider la police locale, démunie devant ce qui s’annonce comme la plus grande affaire criminelle du pays : quatre ouvriers de plateformes pétrolières ont été retrouvés, le corps déchiqueté. Les blessures semblent caractéristiques d’une attaque d’ours polaire. Mais depuis quand les ours crochètent-ils les portes ?

L’auteur :

Mo Malø est l’auteur de nombreux ouvrages, sous d’autres identités. Il vit en France. Qaanaaq est son premier roman policier.

Mon avis :

Un thriller redoutablement efficace et passionnant.

Oui, je suis dithyrambique car ce livre cumule les plaisirs de lecture : une enquête policière savamment orchestrée et la découverte d’une contrée peu racontée et de la culture inuite.

Dès les premières pages, nous sommes transportés au Groenland aux côtés de Qaanaaq, un inspecteur venu de Copenhague pour aider à résoudre une enquête bien difficile. L’auteur a l’art de nous embarquer dans ce pays aux prises avec la montée des indépendantistes et l’appétit croissant des compagnies pétrolières. Le Groenland possède un cinquième des réserves de pétrole brut, beaucoup d’argent est en jeu.

L’enquête complexe et riche en rebondissements emmène le lecteur au cœur d’une barge pétrolière, chez les inuits rebelles et dans une contrée au nord-ouest du Groenland qui se nomme Qaanaaq, comme notre héros.

Ce qui est passionnant, en parallèle de l’enquête, c’est l’immersion aux côtés de ce peuple inuit, des chamanes qui les guident et les protègent des esprits malfaisants comme celui de Nanuq l’ours polaire.

Hyper réaliste et glaçant, bon effectivement le jeu de mot est facile, mais promis ce polar est excellent. Plongez-vous dans ce roman qui est aussi un grand récit d’aventures.

Merci à l’Agence Anne et Arnaud pour cette belle découverte.

Publié aux Éditions de la Martinière.

Notation :

Claude Serillon : Un déjeuner à Madrid

Un déjeuner à Madrid
Un déjeuner à Madrid

Résumé :

8 juin 1970, Madrid, Palais du Pardo. Francisco Franco, 77 ans, reçoit Charles de Gaulle, 79 ans. L’un est au pouvoir de façon implacable depuis trente-et-un ans, l’autre ne l’est plus depuis un an. Franco, l’allié des nazis ; De Gaulle, symbole de la Résistance. Tout semble les opposer, pourtant ils se rencontrent. Pourquoi déjeunent-ils ensemble, presque en familiers ? « Où s’est perdue la pensée du Général ? » Ce déjeuner, dont la teneur est restée secrète pendant longtemps, interroge, intrigue et fascine.

L’auteur :

Journaliste français, notamment à la télévision, Claude Sérillon a aussi publié des essais, des encyclopédies, des romans et des recueils de nouvelles. Il a été finaliste du prix Goncourt de la nouvelle 2017.

Mon avis :

Un fait historique oublié revisité, voici un roman très intéressant basé sur des faits réels.

Incroyable, un épisode que je ne connaissais pas : pourquoi ces deux généraux, si éloignés politiquement, se sont-ils rencontrés ?

La presse espagnole en a fait écho contrairement aux journaux français bien silencieux.

Cela se passe en 1970, juste après le référendum de 1969 qui a éloigné De Gaulle du pouvoir. Ce que l’on sait : le général souhaitait visiter l’Espagne, y aller en touriste et forcément rencontrer Franco pendant son voyage.

Parlons du trajet : en voiture, deux DS noires sont affrétées avec deux chauffeurs. Ils dormiront dans le Lot après six cent kilomètres parcourus. Un détour est ensuite organisé pour voir la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle. Arrivé à Madrid, le général est l’invité de Franco, malgré son insistance pour payer sa note, impossible, tout a déjà été réglé.

Pour l’entrevue au Prado, l’auteur nous le dit : les dialogues ont été recréés à partir de discours réels et notes. Grâce à des recherches historiques importantes, le roman nous livre une vision très vraisemblable.

Les dialogues sonnent juste et nous éclairent sur cette période et ces deux hommes de pouvoir.

En lisant ce livre, j’ai pensé à la pièce de théâtre «  Le Souper » qui réunit Fouché et Talleyrand, deux hommes puissants que tout oppose également.

Je vous conseille cette lecture passionnante.

Merci à l’agence Anne et Arnaud pour cette découverte.

Notation :