Robert Seethaler : Le Tabac Tresniek

Le Tabac Tresniek
Le Tabac Tresniek

Résumé : En août 1937, le jeune Franz Huchel quitte ses montagnes de Haute-Autriche pour venir travailler à Vienne avec Otto Tresniek, buraliste unijambiste, bienveillant et caustique, qui ne plaisante pas avec l’éthique de la profession. Au Tabac Tresniek, se mêlent classes populaires et bourgeoisie juive de la Vienne des années trente. Si les rumeurs de la montée du national-socialisme et la lecture assidue de la presse font rapidement l’éducation politique du montagnard mal dégrossi, sa connaissance des femmes, elle, demeure très lacunaire. Ne sachant à quel saint se vouer avec Anezka, la jeune artiste de cabaret dont il est éperdument amoureux, il va chercher conseil auprès du « docteur des fous », Sigmund Freud en personne, client du tabac et grand fumeur de havanes, qui habite à deux pas.

 

L’auteur : Robert Seethaler, 46 ans, également acteur et scénariste, vit entre Vienne et Berlin. Le Tabac Tresniek, son quatrième roman, a remporté dans les pays germanophones un grand succès, et en France un bel accueil critique et public.

 

Mon avis :

Vienne, 1937, une histoire d’amour dans une époque troublée.

Franz, un jeune homme simple de la campagne, débarque à Vienne pour travailler chez un buraliste. Celui-ci lui apprend le métier et lui conseille de s’intéresser aux clients pour mieux les servir. L’un d’eux est le professeur Freud. Le jeune homme est ébloui par le grand homme. Tout naturellement, alors que la jeune fille dont il est amoureux lui échappe, il recherche l’appui du professeur certain que celui-ci va l’aider.

Voici une belle reconstitution de Vienne et de ces années sombres, bien écrit, poétique, légèrement suranné, on s’attache à Otto et Franz.

Le texte oscille entre le côté sombre de la répression contre les juifs avec la montée du nazisme et la fraîcheur de la découverte de l’amour par le jeune homme.

On sourit devant la naïveté du jeune homme face au professeur Freud.

Une lecture douce et délicate malgré la dureté du contexte.

À découvrir.

Merci aux éditions Folio.

 

Notation :

Elena Ferrante : L’amie prodigieuse

L'amie prodigieuse
L’amie prodigieuse

Résumé : Elena et Lila vivent dans un quartier pauvre de Naples à la fin des années cinquante. Bien qu’elles soient douées pour les études, ce n’est pas la voie qui leur est promise. Lila abandonne l’école pour travailler dans l’échoppe de cordonnier de son père. Elena, soutenue par son institutrice, ira au collège puis au lycée. Les chemins des deux amies se croisent et s’éloignent, avec pour toile de fond une Naples sombre, en ébullition.

L’auteur :

Probablement née à Naples, ville présente dans ses romans, Elena vivrait selon certains en Grèce. Selon d’autres, elle serait retournée s’installer à Turin. L’auteur dont quasiment rien n’est connu avec certitude, refuse d’être un personnage public et ne s’est pas présentée à la remise des prix, à savoir le Prix Oplonti et le Prix Procida Elsa Morante, que son premier roman ‘L’Amour harcelant,’ (1992) avait obtenu.

 

Mon avis :

Une grande histoire d’amitié avec la ville de Naples pour décor.

Cette belle saga met en scène plusieurs familles pauvres dans un quartier populaire et plus particulièrement deux fillettes très liées. On les découvre enfants qui jouent à la poupée dans la cour de leur immeuble et on les suit jusqu’à leur adolescence.

Ce que l’on comprend vite c’est que dans ces lieux défavorisés chacun doit se battre pour survivre même les enfants. Ils ne sont pas égaux dans la misère : les filles sont plus à leur place dans la cuisine. Étudier est un luxe, Elena et Lila en feront la difficile expérience. Lila est une fillette brillante qui a des facilités mais pourra-t-elle aller au lycée ? Pour les parents cela signifie à la fois payer les études et ne pas bénéficier d’une main d’œuvre gratuite, un choix cornélien.

J’ai aimé ce livre qui mélange l’intime des fillettes et le collectif avec la pression des familles. Les frères défendent leur hégémonie en cherchant à diriger la vie de nos deux héroïnes. Lila et Elena s’apprécient, se jalousent et s’admirent bref elle sont inséparables.

Grouillant de vie et empli de violence, la grande force de cette histoire est de nous plonger dans ces quartiers pauvres de Naples au cœur des disputes et trafics pour survivre.

Ce premier tome est passionnant, le deuxième tome vient de paraître : “Le nouveau nom”. Deux autres tomes suivront.

 

Je vous recommande vivement cette lecture.

Merci aux éditions Folio.

Notation :

Rétrospective et coups de cœur 2014

Une très belle année littéraire 2014 avec ma participation au prix des lecteurs des éditions Points et de nouveaux partenariats avec des maisons d’éditions.

Merci aux maisons d’éditions qui m’ont permis de faire de si belles découvertes : Denoël, Folio, l’Archipel, Liana Levi, Sabine Wespieser et Points. Merci aussi à Libfly.

 

Dédicace spéciale à :

L’Ivresse du livre, ma librairie préférée

Mes deux blogs de référence : Carnets de lecture de Sophie et Sur le route de Jostein

Bien sûr un merci spécial à Mathilde, Sophie et Mariam : elles se reconnaîtront !

 

Mes dix romans préférés pour 2014 :

  1. L’épouse hollandaise d’Eric McCormack    –critique ici
  2. Joujou de Ève de Castro  –critique ici
  3. L’heure indigo de Kristin Harmel  –critique ici
  4. Peine perdue d’Olivier Adam  –critique ici
  5. Le peintre d’éventail de Hubert Haddad  –critique ici
  6. Marina Belleza de Sylvia Avallone  –critique ici
  7. Le livre des secrets de Fiona Kidman  –critique ici
  8. Angélique Le chemin de Versailles d’Anne Golon  –critique ici
  9. Le grand cœur de Jean-Christophe Ruffin
  10. Les douze tribus d’Hattie d’Ayana Mathis  –critique ici

Les filles de Hallows farm de Angela Huth

Résumé :

Octobre 1941. Trois jeunes filles volontaires se retrouvent dans une ferme isolée du Dorset pour remplacer les hommes partis à la guerre : Prue l’effrontée, coiffeuse à Manchester ; Stella, la romantique, qui se croit amoureuse d’un enseigne de vaisseau ; Agatha, l’étudiante rêveuse de Cambridge.

Leur intrusion bouleverse la vie des fermiers – et notamment celle de Joe, leurs fils, réformé pour raison de santé et très officiellement fiancé à Janet qui travaille dans une usine d’armement.

Dans cet univers rustique déroutant, Prue, Stella et Agatha nouent entre elles et avec leurs hôtes des liens compliqués et intenses qui dureront toute la vie. Le décor d’une campagne apparemment paisible peut favoriser les jeux ou les feux de toutes sortes de passions.

L’auteur :

Fille d’un peintre, Angela quitte l’école à seize ans pour peindre et part étudier l’Art en France et en Italie. A dix-huit ans, elle voyage seule à travers les États-Unis, et à son retour travaille avec divers magazines et journaux. Ses romans traduits en français sont : ‘Invitation à la vie conjugale’ (1998), ‘Tendres silences’ (1999), ‘Une Folle passion’ (2001), ‘Amour et désolation’ (2003), ‘De toutes les couleurs’ (2005) et ‘Un fils exemplaire’ . Les Filles de Hallows Farm’ a été adapté à l’écran avec Rachel Weisz et Anna Friel.

Mon avis :

Un vrai plaisir de lecture qu’il serait dommage de bouder.
Un roman “doudou” qui réconforte et nous renvoie vers les vraies valeurs de l’existence.
En prime, une lecture très agréable et une belle histoire : que demander de plus ?
Les héroïnes de l’histoire sont trois jeunes filles volontaires agricoles pendant la deuxième guerre mondiale en Angleterre. Chacune a un caractère différent : Ag l’intellectuelle, Stella l’artiste et Prue la plus superficielle. Elles se lancent dans cette aventure à fond avec un grand enthousiasme. La vie dans les campagnes est bien différente de leurs occupations habituelles, elles vont surtout apprendre la valeur du travail agricole d’autant plus vital en cette période de guerre.

La famille qui les accueille sont des taiseux. Habitués à vivre à trois, les parents et leur fils adulte, la présence de ces jeunes filles bouleverse l’équilibre familial.

Chacun des personnages va évoluer au cours de cette cohabitation.

Il se passe peu de choses dans ce livre. Le tour de force est de nous rendre très attachants ces héros, tout en nous donnant un éclairage de cette période troublée de la deuxième guerre mondiale dans les campagnes anglaises. L’auteur dépeint très bien les paysages anglais pour une immersion totale dans cette aventure.

Une grande finesse psychologique, une belle plume et une magnifique aventure humaine : je vous conseille vivement cette lecture.

Une auteure que je vais suivre dorénavant.

Notation :

Le peintre d’éventail de Hubert Haddad

Résumé :

C’est au fin fond de la contrée d’Atôra, au nord-est de l’île de Honshu, que Matabei se retire pour échapper à la fureur du monde. Dans cet endroit perdu entre montagnes et Pacifique, se cache la paisible pension de Dame Hison dont Matabei apprend à connaître les habitués, tous personnages singuliers et fantasques.

Attenant à l’auberge se déploie un jardin hors du temps. Insensiblement, Matabei s’attache au vieux jardinier et découvre en lui un extraordinaire peintre d’éventail. Il devient le disciple dévoué de maître Osaki.

Mon avis :

Un grand texte sur le Japon superbement écrit. J’ai beaucoup aimé ce livre tant pour le dépaysement que pour la belle écriture imagée, ciselée et tout en finesse.

Beaucoup de poésie et d’émotion traversent toute cette histoire merveilleuse.

Nous rencontrons trois personnages principaux reliés par les peintres d’éventails, d’où le titre.

Tout d’abord le maître Osaki, le peintre d’éventails, aussi créateur et metteur en scène du jardin, puis Matabei qui se lie avec le vieux maître et découvre son œuvre. Le personnage féminin principal est Dame Hison, la responsable de la pension, qui tisse des liens privilégiés avec Matabei et le vieux maître.

Ce roman est essentiellement l’histoire de la transmission de cet art si particulier de peinture sur éventails mais aussi de la création d’un jardin en accord avec la nature et les saisons. Un troisième personnage arrive, Hi-han, un jeune homme inculte et simple.

Le récit est rythmé par la voix de ces différents personnages qui s’expriment chacun à leur tour et semblent se répondre. Leurs destins vont se croiser et s’emmêler.

Une fabuleuse plongée au cœur du Japon grâce à ses descriptions de la nature et aux haïkus qui émaillent le roman. Un auteur japonais aurait-il pu faire mieux ?

Émerveillée par ce récit superbe, j’ai surtout été touchée par la magie des mots qui se prêtent si bien à l’ambiance japonaise. La nature, la peinture et les personnages, tout est magnifiquement raconté. Après un tel texte, mes mots me semblent si ternes !

A découvrir absolument donc.

Un grand merci aux éditions Folio pour ce magnifique roman. A mettre dans toutes les mains …

 

Notation :