Hwang Sok-yong : Au soleil couchant

Au soleil couchant
Au soleil couchant

Résumé :

Au soir de sa vie, un homme riche et comblé se demande s’il n’est pas passé à côté de l’essentiel. Park Minwoo, directeur d’une grande agence d’architecture, a la satisfaction d’avoir réussi sa vie et contribué efficacement à la modernisation et à l’urbanisation de son pays. Né dans une famille pauvre vivant dans un quartier misérable de Séoul, il s’est, grâce à ses talents, arraché à son milieu. L’homme célèbre et sûr de lui qu’il est devenu reçoit un jour un message d’une amie d’enfance qui l’a aimé. Les souvenirs du passé ressurgissent, l’invitant à replonger dans un monde qu’il avait oublié, peut-être renié, et à redécouvrir ce que la vie des gens dont il s’était détourné avait de dur mais aussi de chaleureux.

L’auteur :

Né en 1943 en Mandchourie, où sa famille avait fui l’occupation japonaise, Hwang Sok-yong arrive en Corée en 1945, d’abord au Nord, puis au Sud. Il combat les régimes autoritaires qui se succèdent jusqu’à la fin des années 1990, est emprisonné pour ses idées et milite pour la réconciliation des deux Corées. Son œuvre, traduite dans le monde entier, témoigne de ses combats pour la liberté. « Hwang Sok-yong est aujourd’hui, sans conteste, le meilleur ambassadeur de la littérature asiatique », a écrit le prix Nobel de littérature Kenzaburô Oe.

Mon avis :

On ne peut rester insensible aux romans de cet auteur coréen, qui nous entraîne au cœur des problématiques actuelles de son pays.

L’auteur oppose la Corée moderne et riche aux banlieues isolées et défigurées.

La corruption dans le monde immobilier a contribué à accentuer les inégalités entre les différents quartiers.

Pour nous intéresser au sort de ces compatriotes les plus pauvres, il a imaginé un roman à deux voix avec un architecte célèbre et une jeune femme qui fait du théâtre par passion et vendeuse pour survivre. Deux personnages opposés reliés par leur envie de réussir de leur passion : l’architecte se bat pour sortir de sa condition, faire des études et devenir un grand architecte. Dans son enfance, il vivait dans un quartier très pauvre qui a continué à se dégrader sous la pression immobilière.

Un constat difficile pour cet homme qui a réussi et oublié d’où il venait. Est-ce trop tard ? Comment agir pour retrouver ses racines et s’accepter ?

On peut aussi se demander : quel avenir pour ce pays coupé en deux ?

Un roman qui nous invite à poser un autre regard sur ce pays.

Merci Babelio et les Éditions Philippe Picquier pour cette lecture.

 

Notation :

Han Kang : Leçons de grec

Leçons de grec
Leçons de grec

Résumé :

Leçons de grec est le roman de la grâce retrouvée. Au cœur du livre, une femme et un homme. Elle a perdu sa voix, lui perd peu à peu la vue. Les blessures de ces personnages s’enracinent dans leur jeunesse et les ont coupés du monde. À la faveur d’un incident, ils se rapprochent et, lentement, retrouvent le goût d’aller vers l’autre, le goût de communiquer. Plus loin que la résilience, une ode magnifique à la reconstruction des êtres par la plus célèbre des romancières coréennes, Han Kang.

 

L’auteur :

Han Kang est née en 1970 en Corée du Sud. Elle enseigne actuellement dans le département de Creative writing du Séoul Institute of Arts. Traduits dans le monde entier, plusieurs de ses romans ont été adaptés au cinéma.

 

Mon avis :

Merci aux Éditions du Serpent à plumes pour ce beau texte paru le 17 août.

Un ouvrage difficile à commenter car il s’apprécie autant pour sa forme que pour son fond. C’est mon ressenti après lecture : une écriture poétique et aérienne, associée à un rythme très lent, interpellent davantage le lecteur que l’intrigue.

Le professeur de grec perd la vue et la femme, son élève, ne parle plus. Deux êtres différents qui se retrouvent grâce aux leçons de grec. Chacun a sa vie, ses douleurs et des difficultés pour communiquer.

Petit à petit les leçons et cette passion du grec vont les réunir. Leur survie est liée à leur passion commune et entente naissante.

Un beau texte, cependant à réserver à des grands lecteurs , qui vont préférer le message et la prose, au déroulé de l’histoire. La dernière partie du texte risque de vous déstabiliser par sa forme.

À vous de tenter l’expérience.

Notation :

Yeonmi Park : Je voulais juste vivre

Je voulais juste vivre
Je voulais juste vivre

Résumé : Après des années de privations et de harcèlement, par une nuit glaciale, Yeonmi, 13 ans, et sa mère, réussissent à traverser le fleuve Yalu qui marque la frontière entre la Corée du Nord et la Chine. Elles laissent derrière elles leur pays natal et ses horreurs : la faim, la délation constante et surtout une répression impitoyable et le risque permanent d’être exécutées pour la moindre infraction. Mais leur joie n’est que de courte durée. Rien ne les a préparées à ce qui les attend entre les mains des passeurs.

 

L’auteur : Yeonmi Park est née dans une famille de fonctionnaires en Corée du Nord. Elle a grandi dans un pays où le régime contrôle tout ce que l’on apprend, où l’on va, ce que l’on dit, et même ce que l’on pense. Alors que le pays est victime de la famine, elle s’enfuie avec sa mère et entame un long et périlleux voyage qui les emmène en Chine, en Mongolie, puis en Corée du Sud où elle s’est installée.

 

Mon avis :

Un témoignage poignant à lire absolument.

A l’horreur d’une vie en Corée du Nord, s’ajoute ensuite le prix payé pour gagner sa liberté. Comme le dit Yeonmi dans le titre de son livre : je voulais juste vivre, et surtout être libre.

Difficile de résumer ce texte, la vie en Corée du Nord ressemble à celle d’un autre siècle, chacun est surveillé, vit dans des masures avec peu ou pas d’électricité, la nourriture est rare. La famille de Yeonmi, d’abord privilégiée, vit correctement c’est-à-dire mange à sa faim même s’ils vivent dans la crainte du pouvoir comme tous dans ce pays. Mais la situation économique va se dégrader et leur vie aussi, ils vont tenter l’impossible pour survivre. Certaines situations et descriptions sont hallucinantes. A bout, la fuite semble leur dernier espoir.

Elle n’a que treize ans quand elle s’enfuit de Corée du Nord avec sa mère.

Son parcours pour gagner sa liberté est incroyable, la Chine où de multiples épreuves l’attendent, on apprend que le trafic d’être humains existe et que la détresse des uns fait la richesse des plus vils.

Lorsque Yeonmi poursuit sa fuite vers la liberté, les conditions sont extrêmes, j’ai relevé cette phrase à ce propos : “le froid était comme vivant, nous harcelant pendant notre marche”.

Quelle émotion face à ce témoignage ! Lorsqu’elle est enfant sa mère lui conseille de toujours surveiller ses paroles car même les oiseaux et les souris peuvent l’entendre, voici ce qu’elle nous confie, sa peur omniprésente.

Bouleversant et nécessaire lecture : on ne ressort pas indemne d’un tel récit.
A vous de le découvrir sans tarder.

Merci aux éditions Kéro

 

Notation :

Princesse Bari de Hwang Sok-Yong

princesse-bari

Émouvant, fort mais aussi poétique tels sont les principaux adjectifs qui me viennent après avoir refermé ce livre.

J’ai lu «Shim Chong fille vendue» du même auteur, livre qui trace aussi le destin difficile d’une jeune fille vendue par ses parents.

Hwang Sok-Yong est né en Mandchourie jusqu’à l’occupation japonaise et arrive ensuite en Corée du Nord puis au Sud. Il combat les régimes totalitaires et est emprisonné pour ses idées. Sa vie et ses combats pour la liberté nous éclairent sur ses textes.

L’héroïne de ce roman, la jeune Bari, a un destin implacable et semé de grands malheurs. Si elle supporte sa vie et continue d’avancer, c’est grâce à ses dons de voyance qui lui permettent de s’échapper de son terrible quotidien. A la fois roman d’aventure et témoignage de vie des coréens du nord, ce livre nous prend ‘aux tripes’ et ne peut laisser indifférent. Nous suivons l’épopée de Bari de la Corée du Nord à Londres en passant par la Chine.

Revenons au début de l’histoire : un septième bébé arrive, encore une fille. Le père excédé devant l’arrivée d’une septième fille quitte la maison. La mère prend peur et décide d’abandonner son bébé, ce bébé est alors protégé par sa grand-mère et le chien de la famille. Plusieurs jours se passent et la petite fille n’a toujours pas de nom, puis on décide de la nommer Bari comme la princesse d’une légende populaire coréenne. Dans la légende, la princesse est abandonnée aussi et part au bout du monde trouver l’eau de vie pour sauver ses semblables.  La vie de Bari est difficile dès son enfance mais devient de plus en plus dure lorsque les troubles éclatent dans sa province. Bari s’endurcit très tôt mais surtout découvre ses dons de voyance qui s’amplifient quand sa grand-mère disparaît. Sa famille est démantelé , elle reste en vie grâce à son passage en Chine. Hélas, la vie est encore plus dure et elle doit fuir la Chine pour Londres où elle devient une ombre obligée d’accepter tout ce qui se présente pour survivre. Ces dons de voyance vont lui permettre d’avoir une vie un peu plus douce. Grâce à ses pouvoirs, elle comprend les souffrances des autres et leur apporte son aide. Ses pouvoirs pourront-ils l’aider, elle aussi, à guérir de ses tourments ?

La force du roman réside autant dans l’histoire épique et extraordinaire de cette jeune fille que dans l’émotion, la magie et la poésie très présentes.

Ce livre, chronique d’une vie de migrante, est éprouvant par moment tout en étant prenant et distille surtout un espoir dans la vie et l’humanité. C’est ce dernier sentiment que je retiens.

J’ai fermé ce livre à regret et l’histoire de Bari me hante toujours : n’est-ce pas là la force d’une histoire profonde et émouvante ? Une histoire écrite aussi avec une belle plume délicate. La maison d’édition Philippe Picquier spécialiste de la littérature asiatique a un catalogue de littérature chinoise, vietnamienne, coréenne, japonaise, indienne et thaïlandaise donc un spécialiste de l’Asie. Les couvertures sont belles, notamment celle-ci : j’apprécie beaucoup l’objet livre.

Un livre que je recommande chaudement, pour ceux qui connaissent cet auteur et pour les autres qui auront la chance de le découvrir. Précipitez-vous !

 

Merci Chroniques de la rentrée littéraire pour cette très belle lecture.

 

Notation :