Critique de : Retour à Martha’s Vineyard de Richard Russo

Retour à Martha’s Vineyard

Résumé :

Le 1er décembre 1969, Teddy, Lincoln et Mickey, étudiants boursiers dans une fac huppée de la côte Est, voient leur destin se jouer en direct à la télévision alors qu’ils assistent, comme des millions d’Américains, au tirage au sort qui déterminera l’ordre d’appel au service militaire de la guerre du Vietnam. Un an et demi plus tard, diplôme en poche, ils passent un dernier week-end ensemble à Martha’s Vineyard, dans la maison de vacances de Lincoln, en compagnie de Jacy, le quatrième mousquetaire, l’amie dont ils sont tous les trois fous amoureux. Septembre 2015, Lincoln s’apprête à vendre la maison, et les trois amis se retrouvent à nouveau sur l’île. À bord du ferry déjà, les souvenirs affluent dans la mémoire de Lincoln, le «beau gosse» devenu agent immobilier et père de famille, dans celle de Teddy, éditeur universitaire toujours en proie à ses crises d’angoisse, et dans celle de Mickey …

L’auteur :

Richard Russo est né en 1949 aux États-Unis. Après avoir longtemps enseigné la littérature à l’université, il se consacre à l’écriture de romans et de scénarios. Un homme presque parfait avait été adapté au cinéma avec Paul Newman en 1994, et Le Déclin de l’empire Whiting a été, lui aussi, porté à l’écran en 2005.

Ma chronique :

Un bon cru ce nouveau roman de Richard Russo, pour moi le « must have » de cette rentrée littéraire. 

L’auteur, comme il sait si bien le faire, restitue avec maestria l’ambiance de ces années, où la vie sentimentale plutôt libre, s’entrechoque avec la menace de la guerre, drôle d’époque. Au croisement de leurs vies passées et parcours, chacun porte un regard sur sa vie avec ses parents en miroir plus quelques regrets parfois.

Nous partageons le quotidien de trois sexagénaires, très soudés, nostalgiques de leurs jeunes années à l’université et qu’aucun d’entre eux n’a oublié Jacy, la quatrième de cette bande de copains. Se comparant aux mousquetaires de Dumas, ils ont adopté leur devise et sont restés liés même après la disparition de Jacy à la fin de leurs études. Cet événement tragique s’est ajouté aux conséquences du tirage au sort qui détermine les départs à la guerre du Vietnam en cette fin des années soixante.

D’une plume alerte, avec son ton parfois sarcastique, notamment quand il évoque la présidence des États-Unis, Richard Russo est percutant. La recherche de la vérité autour de la disparition de Jacy donne du piment à l’histoire, un vrai suspense jusqu’aux dernières pages pour comprendre le destin de cette jeune femme.

J’ai été touchée par cette histoire, intense et brillante, je vous recommande vivement cette lecture.

Paru aux éditions de la Table Ronde.

Notation :

Critique de : Johannesburg de Fiona Melrose

Johannesburg

Résumé 

Le 6 décembre 2013, Johannesburg se réveille à l’annonce de la mort de Nelson Mandela. Ce jour-là, Gin, de retour dans sa ville natale pour les quatre-vingts ans de sa mère, prépare la fête qui aura lieu le soir même. Mercy, l’employée de maison, l’aide à tout organiser, mais guette ce qui se passe dehors : quelques rues plus loin, la foule commence à se masser autour de la Résidence pour rendre hommage à Madiba. Peter, ami de jeunesse de Gin devenu juriste pour une société minière, passe devant les camions de télévision et les journalistes pendant son jogging matinal. Sur son îlot au milieu de la circulation, September, blessé par la police lors d’une grève, fait la manche avant d’aller manifester, seul, devant le siège de la mine qui l’employait. 

L’auteure 

Née à Johannesburg, Fiona Melrose a eu plusieurs carrières, notamment dans l’analyse politique pour des O.N.G. et le secteur privé. Elle vit aujourd’hui en Afrique du Sud. Midwinter a été sélectionné pour le Baileys Women’s Prize for Fiction 2017

Ma chronique :

Un portrait saisissant de la société sud-africaine : on vibre à l’unisson des personnages de Fiona Melrose.

J’avais hâte de découvrir le second roman de cette auteure après « Midwinter » qui m’avait impressionnée.

Les héroïnes, Gin et sa mère, ont des relations complexes : exilée à New-York, Gin, est une artiste rebelle qui ne supportait plus la société de Jonannesburg et se sentait trop à l’étroit. Sa mère a peu de tendresse pour sa fille et lui fait continuellement des reproches. Revenue pour fêter les quatre-vingt ans de sa mère, Gin retrouve la société et les siens semblables à ce qu’ils étaient.

Tout se déroule sur une journée, celle de la mort de Mandela, chaque personnage prend la parole successivement. 

J’ai aimé ce mixte de classes sociales, les blancs aisés, les noirs souvent relégués à des emplois de serviteurs. La violence larvée est bien décrite aussi.

Écrit avec finesse, d’une plume remarquablement fluide, voici une peinture sans concession de la société sud-africaine. 

En fin d’ouvrage, Fiona rend hommage à Virginia Woolf sa muse, le ton est donné…

Paru aux éditions de la Table Ronde collection Quai Voltaire.

Notation :

Elizabeth Jane Howard : Une saison à Hydra

Une saison à Hydra

Résumé 

À soixante et un ans, Emmanuel Joyce est un dramaturge à succès. Accompagné de sa femme Lillian et de son manager dévoué Jimmy Sullivan, qui partage leur vie nomade, il s’apprête à quitter Londres le temps de repérer une comédienne pour la production de sa dernière pièce à Broadway. Alors qu’aucune candidate ne fait l’affaire, surgit l’idée de confier le rôle à Alberta, sa secrétaire de dix-neuf ans, tout droit sortie du presbytère de son père dans le Dorset. Seulement, il faudra lui apprendre le métier. Ils embarquent pour l’île grecque d’Hydra où Jimmy aura six semaines pour faire répéter l’ingénue, tandis qu’Emmanuel tâchera de renouer avec l’écriture.

L’auteur 

Née à Londres en 1923, elle est l’auteur de 15 romans dont la sagaies Cazalet Chronicles adaptée en série pour la BBC et devenue un classique au Royaume Uni.

Mon avis

Ce magnifique texte paru en 1959, est réédité aux Éditions de la Table Ronde avec une superbe traduction de Cécile Arnaud.

Dès la préface de Sybille Bedford, le ton est donné : nous voici en présence d’une œuvre d’une grande qualité littéraire encensée à sa sortie. Toute la présentation de Sybille m’a donné envie d’attaquer cet ouvrage, c’est un vibrant hommage à l’auteure britannique.

Les trois premiers personnages qui se donnent la réplique sont Emmanuel, le dramaturge, Lilian son épouse et Jimmy l’homme à tout faire. Chacun alternativement se raconte chapitre après chapitre. Un procédé qui rapproche les personnages du lecteur tout en donnant du rythme à une histoire intimiste. 

Ce roman est bâti comme une pièce en trois actes : Londres, New-York et Hydra. À chaque nouvel acte, une évolution s’opère qui vient bouleverser la vie de nos héros; la plus profonde s’opérera à Hydra avec Alberta, le quatrième personnage, qu’on peut qualifier de catalyseur. Je me suis vite attachée aux personnages et j’ai beaucoup aimé la délicatesse des sentiments exprimés.

Ce roman d’apprentissage magnifiquement ciselé est à découvrir absolument pour l’histoire émouvante et l’ambiance parfaitement restituée des îles grecques, cela m’a rappelé mes séjours sur ces belles îles.

Après lecture, je me suis posée, et j’ai réfléchi à la meilleure manière de transmettre mes ressentis : d’abord pour prendre un peu de recul après cette belle lecture et commenter ce texte qui ne ressemble à nul autre m’a semblé difficile. 

Finalement, j’ai tout simplement envie de vous dire de faire comme moi : prendre le temps de déguster cette lecture bien que l’histoire et la qualité littéraire poussent à avancer plus vite. Je parie que, comme moi, vous n’aurez pas envie de quitter Alberta, Lilian, Jimmy et Emmanuel.

Précipitez-vous sur ce beau livre paru aux éditions de la Table Ronde collection Quai Voltaire.

Notation :

Katherine Mosby : Sous le charme de Lilian Dawes

Sous le charme de Lilian Dawes
Sous le charme de Lilian Dawes

Résumé
« Il y a presque toujours dans la vie un moment clé, un point divisant le temps entre un avant et un après – un accident ou une histoire d’amour, un voyage ou peut-être un décès…». Ainsi commence le récit que fait Gabriel, dix-sept ans, de l’été qui changea le cours de sa vie. Renvoyé du pensionnat, il s’installe à Manhattan chez son frère Spencer, qui a renoncé à la carrière diplomatique pour la bohème littéraire. Enivré par sa liberté toute neuve, Gabriel goûte aux plaisirs de la ville et croise le chemin de Lillian Dawes. Artiste? Aventurière? Espionne? Cette jeune femme, indépendante et mystérieuse, est de celles qui enflamment l’imagination des hommes.

L’auteur
Professeure à l’université de New-York, Katherine Mosby collabore au New Yorker et à Vogue. Poète et romancière, elle est l’auteure de trois romans.

Mon avis
Une lecture réjouissante.
Comment la résumer ? Si c’était un alcool, ce serait du champagne rosé et pour un vêtement, je dirai un foulard en soie.
Vous l’aurez compris, une lecture pétillante et pleine de douceur.
J’ai aimé l’écriture délicate et poétique, tellement fluide. La belle traduction de Cécile Arnaud y contribue forcément.
Nous suivons deux frères, dans ce roman d’apprentissage, qui succombent au charme d’une femme énigmatique : qui est-elle ? Indépendante et libre, les hommes sont subjugués, surtout le jeune Gabriel, tout juste dix-sept ans. Cela vire à l’obsession.
Autour des deux jeunes hommes et de Lilian, gravitent des personnages hauts en couleurs comme la tante Lavinia, une femme au caractère bien trempé, généreuse et complice des deux frères.
Que dire de plus ? Lisez-le aussi pour l’ambiance parfaitement restituée : les années cinquante, New-York et ses clubs de jazz, le tout sous une chaleur accablante.

Paru aux éditions de la Table Ronde collection Petit Quai Voltaire.

Notation :

Richard Russo : Trajectoire

Trajectoire
Trajectoire

Résumé :

À la veille de Thanksgiving, Janet s’impose d’affronter un étudiant qui lui a rendu un devoir plagié. Nate se demande bien pourquoi son frère Julian lui a proposé de l’accompagner en voyage organisé à Venise. Ray, agent immobilier, doit trouver le moyen de vendre à un couple de Texans la maison de Nicki. Et Ryan, lui, a beau se méfier des producteurs de cinéma, il traverse les États-Unis pour se voir offrir un marché de dupes.

L’auteur :

Richard Russo est né en 1949 aux États-Unis. Après avoir longtemps enseigné la littérature à l’université, il se consacre à l’écriture de romans et de scénarios. Un homme presque parfait avait été adapté au cinéma avec Paul Newman en 1994, et Le Déclin de l’empire Whiting a été, lui aussi, porté à l’écran en 2005.

Mon avis :

Décidément, je confirme : Richard Russo, ce grand romancier américain, est un portraitiste hors pair.

Dans ces histoires comme dans tous ces romans, l’âme humaine est décortiquée, analysée, passée au tamis.

Ces hommes ou femmes sont comme nous, touchants, avec leurs questionnements, leurs névroses et peurs. On peut avoir pitié ou sourire parfois lorsque l’auteur sort son arme magique : une dose d’humour. J’ai noté de la tendresse aussi, présente dans ces quatre trajectoires bien différentes.

Une belle lecture, ces quatre nouvelles qui nous entraînent dans des univers bien différents : le milieu universitaire, le monde de l’art, le milieu immobilier et enfin le monde du cinéma. Ma préférence va à la deuxième nouvelle : est-ce parce qu’elle est plus longue que les autres ?

À vous de découvrir ces nouvelles parues aux Éditions de la Table Ronde.

Notation :