Chronique de : Harvey d’Emma Cline

Harvey

Résumé :

Harvey a mal partout. Le bracelet électronique n’arrange rien, il a les chevilles fragiles et craint de chuter dans l’escalier tapissé de la villa qu’on lui a prêtée. Demain c’en sera fini, il sera disculpé de tout ce qu’on lui a mis sur le dos dans le seul but de lui nuire. Dès demain il pourra se lancer dans de nouveaux projets. Entre deux coups de fil à ses avocats, avec lesquels il s’efforce d’être patient, il aperçoit Don DeLillo dans le jardin voisin. Adapter son chef-d’œuvre, Bruit de fond, au cinéma. Voilà…

L’auteure :

Emma Cline est née en Californie. Ses écrits de fiction ont paru aux Etats-Unis dans Tin House et The Paris Review. Elle est la lauréate du prix Plimpton 2014. The Girls est son premier roman dont les droits ont été achetés par le producteur Scott Rudin. Il sera publié dans 34 pays étrangers. 

Ma chronique :

Un pari audacieux : une jeune auteure, Emma Cline, se met à la place d’Harvey W. le célèbre producteur de cinéma. C’est réussi.

Bravo pour ce texte qui parvient brillamment à nous positionner dans la tête d’Harvey : il se raconte à la veille de son procès : shooté mais confiant. Inimaginable pour lui d’être reconnu coupable.

Un cocktail détonnant : cynisme, inconscience, détachement avec un côté pathétique. On le plaindrait presque…

Un texte bluffant, on en oublierait presque ce qui pèse sur lui lors des échanges avec sa fille et sa petite-fille : il fallait oser se mettre à la place de cet homme.

Un ovni littéraire, qui montre le talent de cette jeune auteure, à découvrir aux éditions de la Table Ronde.

Notation :

Chronique de : Super hôte de Kate Russo

 

Résumé :

Bennett Driscoll avait jadis un nom dans le monde de l’art londonien. Depuis que sa femme l’a quitté et que sa fille vole de ses propres ailes, il a décidé de mettre en location sur AirBed sa maison devenue trop grande pour lui. Pas loin de devenir accro aux commentaires laissés sur le site par ses hôtes, Bennett, à cinquante-cinq ans, est retranché dans l’atelier au fond du jardin avec la nette impression de faire du surplace.

L’auteure :

Artiste peintre diplômée de la Slade School of Fine Arts de Londres, Kate est née dans le Maine. Elle a collaboré durant son séjour en Angleterre, avec une troupe de théâtre qui a mis en scène deux de ses pièces. Elle partage son temps entre l’Amérique et le Royaume-Uni et ses œuvres sont régulièrement exposées des deux côtés de l’Atlantique. Super hôte est son premier roman

Ma chronique :

Oui, Bennett est un super hôte : j’ai passé un excellent moment en sa compagnie.

Distrayant et émouvant, ce voyage à Londres avec Bennett comme guide est une belle surprise. Ce livre est savoureux.

Revenons à notre héros : peintre et aux petits soins avec ses locataires, Alicia, Emma ou Kirstie, il est prévenant et gentil. Toujours à l’écoute, il en oublierait presque ses soucis, comme retrouver sa notoriété ou dormir dans la cabane de jardin pendant que ses dames se prélassent dans la grande maison.

Sa maison est réservée sur une plateforme internet par des locataires qui recherchent tranquillité et proximité avec le centre de Londres. Bennett, en « super hôte », a des retours très positifs et il en est fier.

Ce livre se déguste, nous fait passer du sourire aux larmes et nous touche énormément. C’est à la fois drôle, émouvant et plein d’humanité.

Une jolie découverte, un moment littéraire très agréable : surtout n’y résistez pas et succombez à votre tour.

Paru aux éditions de la Table Ronde.

Notation :

Chronique de : Les lueurs du lendemain de Jennifer Cody Epstein

Les lueurs du lendemain

Résumé :

Berlin, 1933. Amies depuis leur plus tendre enfance, Ilse et Renate, deux adolescentes, sont confrontées aux bouleversements provoqués par la montée du nazisme. Séduite par l’esprit de corps et l’idéal prônés par les Jeunesses hitlériennes, Ilse incite Renate à s’enrôler, mais celle-ci, juive, est cruellement rejetée. Lorsque les lois de Nuremberg sont promulguées, les jeunes filles se retrouvent alors ennemies malgré elles… 

L’auteure :

Jennifer Cody Epstein est journaliste. Elle vit aujourd’hui à Brooklyn avec son mari et ses deux filles. « Les Lueurs du lendemain » est son premier roman traduit en français.

Ma chronique :

Coup de cœur pour ce livre : l’histoire de ces deux jeunes filles est très émouvante, c’est tendu et fort. Un grand livre.

J’ai vécu un grand moment littéraire en compagnie de ce livre. Le destin de ces femmes pendant la montée du nazisme est bouleversant : Ilse et Renate sont si proches au début des années trente, à la fois différentes et complices. Ilse est attirée par les mouvements de la jeunesse du nouveau régime. Renate se fera refouler car sa pureté aryenne est entachée par des ancêtres lui dit-on. Tout s’écroule.

L’histoire ne fait que démarrer et l’auteure nous entraîne dans les pas de Renate et de ses parents qui tentent de survivre malgré la déferlante anti-juive. Ilse côtoie de plus en plus près le nouveau pouvoir. Se rencontreront-elles de nouveau ? Quel est leur destin ? 

La voix d’Ava, la fille d’Ilse résonne régulièrement puisque nous la suivons également des décennies plus tard. 

Ces trois femmes, au fort tempérament, nous font vibrer tout au long du récit : la tension monte crescendo, le mystère plane sur la vie d’Ava plus tard. Qui est son père ? Quelles sont ses origines ?

Haletant et bouleversant, c’est le premier ouvrage que je lis retraçant les heures sombres des mouvements des jeunesses hitleriennes : l’endoctrinement sans concession de ces jeunes adolescents.

Le thème du pardon est là sous-jacent tout au long du livre.

Un livre à ne pas manquer.

Publié aux éditions Les Escales.

Notation :

Cent ans de Laurelfield de Rebecca Makkai

Cent ans de Laurelfield

Résumé :

1999 : Bienvenue à Laurelfield, vaste demeure du Midwest et partez à la rencontre de ses propriétaires ancestraux, les Devohr. Il y a Zee, une marxiste qui méprise la richesse de ses parents, tout en vivant dans leur maison avec son mari Doug ; sa mère Grace, qui prétend pouvoir tout savoir d’une personne en regardant ses dents ; et son beau-père Bruce, occupé à faire des réserves pour l’arrivée imminente de l’an 2000. 

L’auteure :

Rebecca Makkai vit actuellement à Chicago avec son mari et ses deux filles. Après Chapardeuse (Gallimard, 2012), Les Optimistes est son second roman traduit en français.

Ma chronique :

Un livre envoûtant à la construction originale, ce qui m’a le plus impressionnée : le plaisir de lecture grandit au fur et à mesure que l’on progresse.

Au départ, fin 99, les héros sont les descendants des administrateurs d’un lieu de vie pour artistes. Cette maison renferme de multiples secrets et une atmosphère rappelant parfois la colonie d’artistes. Le grenier semble être un endroit crucial pour ceux qui s’intéressent à l’histoire de cette maison comme le gendre de Grace.

Le décor est planté dès cette première partie mais les artistes ne seront présents réellement que bien plus tard. L’auteure au fil des pages remonte le temps pour arriver jusqu’en 1929, période où les artistes vivaient sur place.

Nous comprenons au fur et à mesure que nous remontons le temps pourquoi Grace cache certains secrets dans son grenier. Tout s’éclaire alors.

J’ai aimé ces personnages riches et complexes pour un roman plein de vie avec des artistes désinhibés.

Une histoire qui résonne en nous longtemps après avoir terminé la lecture.

Publié aux éditions Les Escales.

Notation :

Chronique de : Bonne nuit mon ange d’Aimee Molloy

Bonne nuit mon ange

Résumé :

Sam Statler et Annie Potter, fraîchement mariés, viennent de quitter New York pour s’installer la petite ville natale de Sam. Annie passe la plupart de ses journées seule et désœuvrée tandis que Sam, thérapeute, reçoit ses patients –majoritairement féminins – dans son cabinet installé au rez-de chaussée de la maison. Ce que Sam ne sait pas, c’est qu’un conduit d’aération dans le plafond permet d’entendre tout ce qui se dit dans la chambre au-dessus…

L’auteure :

Aimee Molloy vit à Brooklyn avec son mari et ses deux filles. « Une mère parfaite » était son premier roman.

Ma critique :

Un thriller angoissant et impossible à lâcher. Ce qui m’a le plus impressionnée, c’est la construction incroyable : j’ai été désarçonnée plus d’une fois par l’enchaînement des événements.

Je l’ai lu rapidement, sur deux jours, ne parvenant pas à me détacher des personnages. Le rythme va crescendo, le début nous happe déjà, avec ce contexte de ville chic feutrée, là où Sam, le psychologue, a grandi puis tout va très vite.

Pas d’hémoglobine ici, plutôt une tension grandissante qui s’accélère après la disparition de Sam. Un huis clos terrifiant se joue sous nos yeux ébahis.

Difficile d’en dire plus sinon que cette auteure est très douée pour balader son lecteur et l’accrocher jusqu’au bout de son intrigue.

Cela me donne très envie de découvrir son premier roman.

Paru aux éditions Les Escales.

Notation :