Anosh Irani : Le colis

Le colis
Le colis

Résumé :

Madhu est une hijra : née dans un corps d’homme, amputée de ses attributs sexuels masculins, elle est une sorte de troisième sexe, ni homme ni femme. La quarantaine passée, après des années de prostitution, Madhu doit mendier pour vivre et rester auprès de sa gurumai, sa guide. Par l’entremise de cette dernière, Madame Padma, tenancière redoutée, lui confie une mission qu’elle ne peut refuser : s’occuper d’un colis. Les colis, ce sont ces fillettes, vendues par leurs familles pour devenir des esclaves sexuelles, à qui il faut faire comprendre que leur sort est scellé, qu’elles ne pourront jamais s’échapper de Kamathipura, le quartier rouge de Bombay.

L’auteur :

Né et élevé à Bombay, Anosh Irani s’est installé à Vancouver (Canada) en 1998. Il est l’auteur de plusieurs pièces de théâtre.

Mon avis :

Sombre et émouvant, un livre coup de poing qui remue.

Impossible de rester insensible à cette lecture, j’ai démarré le lecture et j’ai été happée par l’histoire. C’est dur, réaliste, raconté crûment parfois, le lecteur est emporté dans le tourbillon du récit sans concession de cette ignominie.

Madhu n’a pas le choix et doit obéir à Padma, la tenancière d’un bordel qui lui demande de récupérer un « colis », nom que l’on donne à des fillettes qui deviennent des esclaves sexuelles. La petite ne comprend pas ce qui lui arrive.

Le plus difficile à accepter : apprendre qu’elle a été vendue par sa famille, elle a été trahie par ses proches.

Madhu, qui se plie depuis des années aux demandes de Padma, n’en peut plus de toutes ces combines et trafics. Le sort de la petite la renvoie à sa propre histoire, elle a connu un sort comparable dans son enfance. Ces petites filles, les colis, sont de la viande pour les proxénètes.

L’auteur nous conte la misère de ses quartiers, la corruption chez les policiers, la déchéance de ces êtres exploités.

Tout en étant glaçant, une pointe d’espoir subsiste qui permet au lecteur de reprendre son souffle et d’aller au bout du récit. On ne sort pas indemne de cette lecture.

Notation :

Dominique Fernandez : Où les eaux se partagent

Où les eaux se partagent
Où les eaux se partagent

Résumé :

Un peintre français, Lucien, et sa compagne Maria, en vacances en Sicile, arrivent dans un port à l’écart des circuits touristiques. La beauté du lieu et leur rencontre d’un vieux prince désargenté les amènent à acheter une maison rudimentaire, au bord de la falaise, malgré les réticences de Maria.

Lucien est fasciné par les Siciliens, leur pays, leurs coutumes, leurs superstitions, leur personnalité pittoresque et surprenante… Tandis que Maria, tout empreinte des préjugés des Italiens du Nord, les considère comme une population barbare. Elle est révulsée par l’éducation sévère infligée aux filles contrastant avec le laxisme de celle des garçons, les « crimes d’honneur », l’absence de femmes sur les plages, cause d’un intérêt malsain des hommes, appâtés par la blondeur de Maria…

 

 

L’auteur :

Romancier et essayiste, membre de l’Académie française, Dominique Fernandez est l’auteur de plus de soixante ouvrages dont Dans la main de l’ange (prix Goncourt 1982), Porporino ou les mystères de Naples (prix Médicis 1974), Ramon et Le Piéton de Rome. Il a publié plusieurs beaux-livres à la suite de nombreux voyages : Rome, Saint-Pétersbourg, Palerme et la Sicile, Prague, Syrie, L’Âme russe, etc.

 

 

Mon avis :

« Où les eaux se partagent » est un lieu au sud de la Sicile, là où la mer Méditerranée et la mer Ionienne se séparent.

Le décor est planté dès le début du récit et nous comprenons vite l’intérêt de Lucien, le héros pour cet endroit. Subjugué, il succombe à la proposition d’un noble qui lui propose une maison dans ce lieu perdu.

Lucien, peintre, voit immédiatement le potentiel de cet endroit et imagine l’inspiration qu’il y trouvera, emballé par ce décor. Sa compagne est hermétique à ce décor et ne supporte pas les siciliens. Originaire du nord de l’Italie, elle se sent étrangère sur cette terre et ne comprend pas les habitants. Les codes siciliens sont bien différents de ce qu’elle connaît dans sa région et pas toujours favorable à la gent féminine.

L’agacement de Maria ne rebute pourtant pas Lucien.

Ce livre est un bel hommage à ce rude pays avec ces belles descriptions poétiques des paysages méridionaux. Du soleil assuré en ces pluvieuses journées de janvier.

La couverture du livre reflète parfaitement l’ambiance du récit.

On a envie de partir en Sicile lorsque la dernière page est tournée.

Un agréable moment de lecture à découvrir.

Notation :

Marco Vichi : Mort à Florence

Mort à Florence
Mort à Florence

Résumé :

Novembre 1966. Giacomo, treize ans, disparaît à la sortie du collège. Faute d’indice, le commissaire Bordelli s’accroche à une mince piste qui le mènera parmi des nostalgiques du fascisme et de Mussolini. Plus que jamais

hanté par la guerre, il affiche une humeur aussi noire que le ciel qui surplombe alors Florence. Rien ne le soulage, ni ses amis, ni son jeune bras droit Piras, ni les plats succulents de Toto, ni même la jolie jeune femme brune dont il fait la connaissance. Quelques jours plus tard, sous l’effet des pluies torrentielles, l’Arno déborde et déverse dans les rues des flots de boue qui paralysent la ville. C’est l’occasion de découvrir un portrait sombre et inédit de la cité toscane où se démène un Bordelli désabusé, mais bien décidé à découvrir la vérité. Cet opus a remporté en 2009 le prix Scerbanenco, la plus haute récompense du polar italien.

L’auteur :

Né en 1957 à Florence, Marco Vichi vit en Toscane. Auteur d’une dizaine de romans, de deux recueils de nouvelles et de plusieurs scénarios, il est classé parmi les meilleurs romanciers italiens de la décennie par le Corriere della Sera.

Mon avis :

Un polar italien avec une bonne intrigue dans un décor et une ambiance parfaitement retranscrits.

Le commissaire Bordelli est un cinquantenaire marqué par la seconde guerre mondiale et le fascisme. Nous sommes dans les années soixante et le suivons dans une enquête compliquée pour retrouver l’assassin d’un enfant. Aidé par son bras droit Piras, il démêle les pistes, traque les rares indices. Il ne supporte pas qu’un crime aussi odieux reste impuni.

Bourru, tenace et tendre aussi quand il se confie à Rosa, une amie, ancienne prostituée. Un de ses proches est un voleur qui va l’épauler aussi.

J’ai aimé ce côté décalé : mélanger des personnages borderline et ce policier assez classique.

Un roman d’atmosphère, ancré dans la réalité des années soixante. L’auteur nous raconte l’inondation dévastatrice de la ville de Florence. Plus d’eau ni électricité, l’Arno qui envahit la ville, une situation dramatique pour les habitants qui ralentit aussi l’enquête déjà compliquée.

Plus âpre et sombre que le célèbre Commissaire Brunetti, avec un contexte politique omniprésent, je vous recommande les aventures de ce commissaire que j’ai suivies avec intérêt.

 

Notation :

Joyce Carol Oates : Paysage perdu

Paysage perdu
Paysage perdu

Présentation :

C’est avec un mélange d’honnêteté brute et d’intuition acérée que Joyce Carol Oates revient sur ses jeunes années. Son enfance pauvre dans une ferme de l’État de New York fourmille de souvenirs : ses parents aimants, ses grands-parents hongrois, les animaux, la végétation, le monde ouvrier, l’école.

Ces années lui offrent à la fois un univers intime rassurant, mais un univers limité, cerné par des territoires inaccessibles, propices à enflammer l’imagination de la jeune fille qui trouve là ses premières occasions de fiction.

L’auteur :

Membre de l’Académie américaine des arts et des lettres, titulaire de multiples et prestigieuses récompenses littéraires, parmi lesquelles le National Book Award, Joyce Carol Oates occupe depuis longtemps une place au tout premier rang des écrivains contemporains. Elle est l’auteure de recueils de nouvelles et de nombreux romans dont Les Chutes (prix Femina étranger en 2005), Mudwoman (meilleur livre étranger en 2013 pour le magazine Lire) et Sacrifice.

Mon avis :

La grande Joyce Carol Oates nous livre ses souvenirs et cela se lit comme un roman.

Captivant, vous comprendrez d’où lui vient sa passion de l’écriture et découvrirez une vie bien remplie sous le signe de la littérature.

Joyce nous raconte son enfance, sa sœur handicapée, ses parents aimants qui l’ont aidée et encouragé à faire des études malgré leur condition modeste.

Sa grand-mère passionnée par la littérature, lui offrira le livre « Alice aux pays des merveilles » et une machine à écrire. Ce livre extraordinaire, dit-elle, a changé sa vie alors qu’elle n’avait que neuf ans. Alice devient un modèle, lui donne envie de devenir écrivain et lui montre le caractère parfois absurde et fascinant de notre monde.

Cette petite fille dotée d’une grande imagination souffre aussi d’insomnies à l’adolescence et sort la nuit se promener le long de la route proche. Elle est fascinée par la lumière des phares des voitures et nous raconte la mort de son grand-père.

Les paysages perdus sont ceux de notre enfance qui nous hantent toute notre vie.

La plume acérée de Joyce Carol Oates nous emporte dans ce voyage au cœur de ces souvenirs.

Un livre indispensable pour comprendre l’émergence d’un grand écrivain. Si vous aimez cette auteure vous ne serez pas déçu.

Précipitez-vous sur ce récit publié aux Éditions Philippe Rey et en librairie depuis le 5 octobre.

 

Notation :

Nathalie Bauer : Les complicités involontaires

Les complicités involontaires
Les complicités involontaires

Résumé : Par un jour d’avril, Corinne V., psychiatre, reçoit dans son cabinet une quinquagénaire, Zoé B., désireuse d’entreprendre une analyse. Reconnaissant en elle une ancienne amie, elle s’apprête à l’adresser à un confrère, quand Zoé lui révèle qu’elle souffre d’une amnésie ayant effacé ses souvenirs de jeunesse. Et qu’elle est atteinte depuis toujours d’une « mélancolie » dont la cause, elle en est persuadée, réside dans la mystérieuse histoire de sa famille paternelle – histoire dont son père ne lui a transmis qu’une infime partie. La curiosité est la plus forte : enfreignant les règles de sa profession, Corinne décide d’ignorer leur lointaine et brève amitié, et accède à la demande de Zoé. Elle ne peut imaginer les conséquences qu’une telle résolution aura sur leurs existences respectives.

 

L’auteur :

Traductrice de l’italien, docteur en histoire, Nathalie Bauer a publié quatre romans : Zena (JC Lattès, 2000), Le feu, la vie (Philippe Rey, 2007), Des garçons d’avenir (Philippe Rey, 2011) et Les Indomptées (Philippe Rey, 2014).

 

Mon avis :

Subtil et bien mené, une lecture que je recommande.

Nous suivons Zoé, amnésique et en souffrance qui vient consulter une psychiatre. Elle veut retrouver le sommeil et comprendre ses origines.

Corinne, la psychiatre, reconnaît une de ses amies d’enfance , hésite et poussée par la curiosité décide de la suivre. Débute alors un échange entre les deux femmes qui s’enrichit au fil des jours, Zoé rédige des mémos décrivant la vie de ses aïeux et poursuit son analyse. En parallèle, l’auteure nous entraîne au début de leur relation racontant leur rencontre, les premières amours, les études. Cet aller-retour entre passé et présent donne du rythme au roman et entretient le mystère. L’histoire des grand-parents et parents de Zoé est passionnante avec sa dimension historique au cœur de la seconde guerre mondiale.

Le récit est habilement construit, Zoé et Corinne se dévoilent progressivement, leur complicité d’antan rejaillit sur leur vie actuelle. Corinne, au contact de Zoé, verra sa vie transformée : ah les complicités involontaires…

 

Un récit original par sa forme et son fond qui se lit facilement et avec plaisir.

J’ai apprécié cette lecture que je vous conseille.

 

Parution le 24/8 aux Éditions Philippe Rey.

Notation :