Chronique de : La Sirène d’Isé d’Hubert Haddad

La Sirène d’Isé

Résumé :

À la pointe sud de la baie d’Umwelt, loin du monde et hors du temps, le domaine des Descenderies a accueilli des générations de patientes. Né de la fragile Leeloo, Malgorne grandit sous la houlette de Sigrid, entre incompréhension et possession jalouse. Il trouve bientôt refuge dans le dédale de l’extravagant labyrinthe d’ifs, de cyprès, de pins et de mélèzes imaginé par le Dr Riwald. S’il n’entend ni le ressac ni les vagues qui se déchirent sur les brisants, Malgorne se nourrit des vents et scrute sans fin l’horizon.

L’auteur :

Hubert Haddad nous implique magnifiquement dans son engagement d’intellectuel et d’artiste, avec des titres comme Palestine (Prix Renaudot Poche, Prix des cinq continents de la Francophonie), les deux volumes foisonnants du Nouveau Magasin d’écriture, ou le très remarqué Peintre d’éventail (Prix Louis Guilloux, Grand Prix SGDL de littérature pour l’ensemble de l’œuvre).

Ma chronique :

Un plaisir de lecture qui se déguste comme une friandise douce et sucrée, cela se lit doucement, pourquoi pas à voix haute pour nos passages préférés.

Avec Hubert Haddad, partez dans le monde du merveilleux avec beaucoup de poésie, un peu de surnaturel et une dose de sensibilité.

Si l’écriture est unique et magnifique, les personnages aussi sont remarquables et exceptionnels comme Malgorne, le jeune sourd qui nous entraîne dans son monde végétal.

Les livres d’Hubert Haddad sont comme des bijoux précieux : impossible de ne pas tomber sous leur charme. Sans doute grâce à son style inimitable et à ses histoires si poétiques : au final, un plaisir infini de lecture.

Beau, magnifique : les adjectifs me manquent… je n’ai pas le talent d’Hubert Haddad pour décrire mes ressentis de lectrice.

À découvrir absolument aux éditions Zulma.

Notation :

Chronique de : Le berger d’Anne Boquel

Le berger

Résumé :

Lucie est conservatrice d’un petit musée de l’Oise. Rien ne va vraiment mal dans sa vie, rien ne va vraiment bien non plus. Le jour où une amie l’embarque dans un groupe de prière, son existence prend une couleur plus joyeuse. Elle se sent revivre. D’autant que le Berger et maître à penser de la communauté lui fait intégrer le cercle restreint des initiés…

L’auteure :

Anne Boquel vit et enseigne à Lyon. Elle a coécrit avec Étienne Kern plusieurs essais remarqués sur la littérature et les écrivains.

Ma chronique : 

Un livre particulièrement poignant et glaçant qui dépeint les dérives sectaires.

Une lecture qui frappe, j’étais complètement avec Lucie, partageant son quotidien de jeune femme happée par cette emprise. Pourquoi cela a-t-il vrillé ? Comment peut-on se laisser déborder ainsi et se soumettre à la volonté de quelques-uns ? 

Son parcours est pourtant banal : des parents éduqués, une enfance heureuse et un boulot intéressant. Oui mais elle vit seule et la solitude lui pèse. Elle n’est pas toujours à l’aise avec ses parents, ils n’ont pas la même vie et reçoivent beaucoup.

Sa solitude et fragilité psychologique vont la pousser doucement mais sûrement à fréquenter une confrérie qui parle du Christ et de rédemption. Elle est est très attirée par le « berger » celui qui dirige la secte. Très charismatique, il a une voix douce et un petit mot gentil pour chacun.

La jeune femme évoque la notion de « béquille » quand elle pense à ses nouveaux amis et sent une « unité » qui lui rend la vie plus attractive.

Son cheminement est décortiqué et émouvant pour nous lecteurs.

La plume est très fluide, l’histoire prenante : je l’ai lu vite en deux fois seulement, je n’arrivais pas à le poser.

Publié aux éditions du Seuil.

Notation :

Chronique de : La Pâqueline d’Isabelle Duquesnoy

La Pâqueline

Résumé :

Maudite année 1798 pour la Pâqueline ! D’abord le procès de son fils Victor, qui lui vaut une réputation ignominieuse. Et maintenant l’incendie de sa maison ! Réfugiée chez son rejeton, qui a fait fortune de son métier d’embaumeur et de trafics d’organes, exaspérée, elle accouche d’une idée diabolique : elle va lui jeter au visage les secrets dramatiques de son enfance, en couvrant les murs de ses écritures. Et ira jusqu’à le dépouiller de ses richesses…

L’auteure :

Après le succès de L’Embaumeur, prix Saint-Maur en poche et prix de la ville de Bayeux, Isabelle Duquesnoy nous livre le portrait d’une mère abominable, qu’on se surprendra étrangement à aimer, écrit dans une langue époustouflante, entre préciosité du XVIIIe siècle et démesure rabelaisienne. 

Ma chronique :

Truculent et  glauque, la suite de « l’embaumeur » peut plaire ou choquer.

Voilà une histoire digne de Rabelais ou d’Eugène Sue « Les Mystères de Paris », avec le décor des bas-fonds de Paris en cette fin du dix-huitième siècle.

Le sous-titre de l’histoire « les mémoires d’une mère monstrueuse » résume bien le roman. Pâqueline a des excuses se dit-on quand on découvre son histoire, horrible. Je vous préviens, il faut avoir le cœur bien accroché. Ce n’est pas une époque tendre.

Elle a beaucoup souffert la donzelle dès son plus jeune âge, tous ses malheurs narrés avec de multiples détails racontent la vie difficile des femmes pauvres à cette époque.

Le style fleuri et argotique contribue à restituer parfaitement l’atmosphère de cette fin de siècle, quelques années après la révolution française.

Un récit historique atypique qui plaira à tous ceux qui cherchent une peinture réaliste de cette période, l’histoire un peu rocambolesque cadre avec le décor sombre et le contexte hors norme.

À découvrir aux éditions de la Martinière.

Notation :

Chronique de : Mon frère, ce zéro de Colin Thibert

Mon frère, ce zéro

Résumé :

Persuadé que son ami Canard tient le coup du siècle pour se faire de l’argent facile, Antoine réquisitionne l’aide de Jean-Jacques, ancien collègue et compagnon de galère. Leur plan ? Enlever Julien, jumeau d’un célèbre milliardaire résidant dans une maison de santé…

L’auteur :

Né en 1951 à Neuchâtel, Colin Thibert est écrivain et scénariste pour la télévision. Il a longtemps pratiqué le dessin et la gravure. En 2002, il a reçu le prix SNCF du Polar pour Royal Cambouis (Série Noire, Gallimard)

Ma chronique :

Un roman qui se lit le sourire aux lèvres, c’est rare et précieux.

J’avais découvert avec grand intérêt cet auteur avec son roman précédent Torrentius.

Dans son nouveau livre, nous suivons la cavalcade de trois marginaux qui pourrait paraître pathétique sans la touche d’émotions apportée par Antoine et surtout Julien, le jumeau, enlevé par les trois compères.

Dans cette cavale sans répit ou presque, on passe du rire aux larmes en se demandant constamment comment cela va se terminer.

Cocasse, touchant et même poignant cette fable montre les travers de notre monde : des milliardaires avides de pouvoir et d’argent, des pauvres écologistes qui tentent de survivre ou des faibles qui savent ce qu’ils veulent. Qui sont les plus dangereux et les plus néfastes ?

Le côté « Rain man » que l’on peut prêter à Julien s’estompe face aux bassesses et cruautés des autres, un portrait saisissant de notre monde.

Enlevé, alerte et décapant : un livre à découvrir aux éditions Héloïse d’Ormesson.

Notation :

Chronique de : Le Dit du Vivant de Dénis Drummond

Le Dit du Vivant

Résumé :

Un séisme au Japon met au jour une vaste sépulture. Sandra Blake, paléogénéticienne, se rend sur les lieux, avec Tom, son petit garçon, autiste. La datation du site archéologique plonge la communauté internationale dans la stupeur. Une civilisation jusqu’alors inconnue se révèle peu à peu …

L’auteur :

Denis Drummond, d’origine franco-écossaise, est l’auteur de recueils de poésie et de trois romans publiés chez Domens

Ma chronique :

Un ovni ce roman autant par son style que pour les thèmes abordés.

L’auteur mélange les genres avec une alternance de récits, de journal (celui de Sandra), de chroniques et articles de presse ainsi que des chapitres où Tom, le jeune autiste, s’exprime.

La théorie de l’évolution est disséquée sous un nouveau jour avec les lumières de Sandra paléogénéticienne, son fils Tom et les équipes de recherche internationales.

Polémiques et tensions agitent tout ce monde scientifique.

Littéraire et exigeant, cet ouvrage atypique m’a fait penser au film « 2001, L’odyssée de l’espace » de Kubrick.

J’ai été désarçonnée par le style, la construction et « l’écriture de Tom » (vous comprendrez en le lisant). En le refermant, je me demande aussi si j’ai tout assimilé et je reste dans l’expectative : une explication de texte rédigée par l’auteur en fin de livre pour expliciter ses messages aurait été d’une grande aide.

Curieuse de connaître vos réactions après votre lecture.

Publié aux éditions du Cherche Midi.

Notation :