Fabrice Humbert : Comment vivre en héros

Comment vivre en héros
Comment vivre en héros

Résumé : Tristan Rivière a été élevé par son père, ouvrier et militant communiste, dans l’idée qu’il devait être un héros. Malheureusement, à l’âge de seize ans, à la première occasion qui lui est accordée de prouver son courage, il s’enfuit. Après dix années de remords et d’humiliation, Tristan se retrouve dans un train au moment où une jeune femme est agressée par une bande. Et la peur d’autrefois l’envahit. Va-t-il enfin se montrer à la hauteur? Suivant sa réaction, sa vie prendra des directions entièrement différentes…

L’auteur :

Fabrice Humbert est professeur et écrivain. Il vit à Paris. Il a publié six romans, dont L’Origine de la violence (2009, prix Orange, prix Renaudot poche), adapté au cinéma en 2016, La fortune de Sila (2010 prix RTL Lire) et Éden Utopie (2015).

 

Mon avis :

J’ai découvert avec plaisir cet auteur avec “Éden Utopie” et lorsque Babelio m’a proposé cette lecture, j’étais enthousiaste et je n’ai pas été déçue.

J’ai rapidement été happée par l’histoire de Tristan au difficile destin de héros. Sa vie débute dans un milieu simple avec un père communiste qui le pousse à devenir boxeur. Tu dois te battre et être le meilleur lui martèle son père. Tristan n’est pas passionné mais discipliné, il obtient un bon niveau et devient proche de Bouli son entraîneur. Celui-ci très bagarreur ne perd jamais une occasion de montrer sa force. Malheureusement, cela tourne mal un soir alors que Tristan est témoin. Comment réagir face à cette violence ? Tristan est-il un héros comme son père qui a été résistant dans sa jeunesse ?

Le jeune homme fera un choix, en trente-huit secondes, qui conditionnera le reste de sa vie : ses amours et sa carrière.

Destin et fatalité, choix et possibilité de retour arrière, tous ces thèmes sont abordés dans cet ouvrage.

Difficile à lâcher, je l’ai lu vite, curieuse de découvrir comment Tristan et sa famille vont se construire sur le mythe du héros.

On vibre avec ces héros rattrapés par leur quotidien et en refermant le livre, on souffle profondément. J’étais en apnée pendant la lecture.

Un texte fort à lire en cette rentrée littéraire.

 

Merci Babelio et les Éditions Gallimard.

 

Notation :

Patti Smith : M Train

M Train
M Train

Résumé : M Train débute au ‘Ino’, le petit bar de Greenwich Village où elle va chaque matin boire son café noir, méditer sur le monde tel qu’il est ou tel qu’il fut, et écrire dans son carnet. En passant par la Casa Azul de Frida Kahlo dans la banlieue de Mexico, par les tombes de Genet, Rimbaud, Mishima, ou encore par un bungalow délabré en bord de mer, à New York, qu’elle a acheté juste avant le passage dévastateur de l’ouragan Sandy, Patti Smith nous propose un itinéraire flottant au cœur de ses références (on croise Murakami, Blake, Bolaño, Sebald, Burroughs… ) et des événements de sa vie.

 

L’auteur : Auteure, musicienne, chanteuse, peintre et photographe, Patti Smith a acquis la reconnaissance dans les années 1970 pour sa fusion révolutionnaire entre poésie et rock. Son ouvrage “Just Kids” a été récompensé en 2010 par le National Book Award.

 

Mon avis :

Je ne résiste pas à débuter cet avis par la première phrase du livre “ce n’est pas si facile d’écrire sur rien”, pour donner le ton de cette balade poétique très bien écrite.

Coup de chapeau pour l’objet livre : rempli de photos en noir et blanc et illustrant le récit, l’auteure est photographe aussi.

Ce livre, très personnel, est un hommage à l’art, tous ceux que Patti affectionnent : la photographie, la musique lorsqu’elle nous parle de Fred et sa guitare et surtout la littérature. J’ai particulièrement apprécié les passages sur la découverte de Haruki Murakami et son attachement à son livre fétiche “Chroniques de l’oiseau à ressort” dont la perte à Houston l’attriste beaucoup.

De Madrid à Berlin ou entre Mexico et New York son port d’attache, nous la suivons évoquant sa jeunesse, son amour des livres et de la photo, Fred son mari. Les moments défilent sans chronologie portés par des réflexions sur la vie, l’absence, le quotidien et ses rituels et sa solitude.

Poétique et touchant, un récit difficile à résumer plutôt à déguster avec un bon café, la boisson favorite de l’auteure.

À découvrir pour entamer avec Patti une réflexion en forme de méditation sur notre condition humaine. A réserver aux amateurs de ce type de récit. Je conseille aussi de lire cet ouvrage par petit bout, faire des pauses pour laisser notre esprit digérer sa prose puis y revenir, ou bien, ce que j’ai fait, d’alterner avec une autre lecture.

 

Sélectionné par le Grand Prix des lectrices Elle 2017.

 

Notation :

Anna Hope : Le chagrin des vivants

Le chagrin des vivants
Le chagrin des vivants

Résumé : Durant les cinq premiers jours de novembre 1920, l’Angleterre attend l’arrivée du Soldat inconnu, rapatrié depuis la France. Alors que le pays est en deuil et que tant d’hommes ont disparu, cette cérémonie d’hommage est bien plus qu’un simple symbole, elle recueille la peine d’une nation entière. À Londres, trois femmes vont vivre ces journées à leur manière. Evelyn, dont le fiancé a été tué et qui travaille au bureau des pensions de l’armée ; Ada, qui ne cesse d’apercevoir son fils pourtant tombé au front ; et Hettie, qui accompagne tous les soirs d’anciens soldats sur la piste du Hammer-smith Palais pour six pence la danse.

 

L’auteur : Anna Hope est née à Manchester. Elle a ensuite étudié à Oxford et à Londres. Le chagrin des vivants est son premier roman.

 

Mon avis : Délicat et touchant, voici un très beau roman à découvrir.

Lumineux, tout en nuances subtiles, nous suivons trois femmes secouées par la première guerre mondiale. A Londres, la plus jeune gagne sa vie en monnayant ses danses. La deuxième, Evelyn, travaille dans un organisme qui accueille les soldats dans leurs réclamations autour de leurs pensions. Quant à Ada, plus âgée, femme au foyer, elle attend que son fils rentre. Celui-ci a été déclaré disparu mais aucune précision n’a été apportée aux parents ni sur les circonstances du décès ni sur l’endroit où il a été enterré. Ada refuse sa mort et le voit dehors ou dans sa maison, elle est très perturbée.

Nous sommes en 1920, chacune souffre de la perte ou des blessures d’un proche tout en assurant le quotidien. Les femmes ont dû remplacer les hommes dans leur travail pendant la guerre et au-delà lorsqu’ils ne sont pas rentrés. La détresse de ses femmes est palpable, le lecteur partage leur peine et doutes. Leur vie est devenue tellement compliquée dans ces années d’après guerre : les rares hommes qui restent sont éclopés et ressemblent à des fantômes.

Pour ces femmes, leur quotidien se résume à cette question : comment se reconstruire avec le poids de ce passé ?

Après avoir passé les premières pages qui m’ont paru embrouillées avec les nombreux aller-retour entre les personnages, le rythme s’installe ensuite et nous commençons à cerner les héroïnes. Le style devient plus fluide.

Une belle plume et beaucoup de dialogue dépeignent des personnages attachants et émouvants. Une atmosphère et ambiance parfaitement restituées, telle la photo de la belle couverture, l’auteure a réussi à nous immerger dans ces années 20.

Un beau premier roman que je recommande.

 

Sélectionné par le Grand Prix des lectrices Elle 2017.

Notation :

Pour trois couronnes de François Garde

Résumé :
Dans le bureau de feu Thomas Colbert, un magnat du commerce maritime, Philippe Zafar, le jeune préposé au classement des archives, découvre un bref texte manuscrit, fort compromettant pour celui qui s’en avérerait l’auteur.

On retrouve dans ce roman d’aventures, déployé sur un siècle et trois continents – de l’Amérique du Nord aux tropiques –, l’écriture vive et talentueuse de François Garde dont le précédent livre, Ce qu’il advint du sauvage blanc, a été récompensé par huit prix littéraires, parmi lesquels le prix Goncourt du premier roman.

Mon avis :

J’ai découvert François Garde grâce à Babelio et les éditions Folio pour lesquels j’ai chroniqué Ce qu’il advint du sauvage blanc. Ce texte m’a emballée.

Dans ce second roman, j’ai retrouvé l’aventure, l’exotisme, la quête d’identité avec un nouvel ingrédient : une enquête.

Le protagoniste, Philippe Zafar est “curateur aux documents privés”, métier qui consiste à trier les papiers d’un mort pour simplifier les tâches des héritiers. Une lettre retrouvée lors d’un classement le conduit à rechercher le fils du disparu.

Son enquête le mène dans plusieurs pays et plus particulièrement sur une île tropicale,ancienne colonie française, où le disparu est passé. Son enquête remue aussi ses propres souvenirs d’enfance. Libanais d’origine, élevé aux États-Unis, la disparition de son père est entourée de mystère. Les recherches sur la jeunesse de Thomas Colbert lui donnera-t-il des clefs pour comprendre ses origines ? A découvrir lors de votre lecture …

Comment classer ce livre ? Un mélange de genre : à la fois enquête, aventure, réflexion sur la filiation.

Les points forts : l’ambiance, l’écriture classique et irréprochable.

Tout cela donne un récit impeccable mais qui s’essouffle au milieu du roman : les digressions de l’auteur sur les recherches numismatiques ou les descriptions d’évènements historiques sur l’ile apportent peu à l’histoire et génèrent une part d’ennui pour le lecteur.

Intéressant mais pas palpitant, après la découverte de son premier roman un peu de déception donc.

A vous de décider maintenant.

 

Notation :

Ce qu’il advint du sauvage blanc de François Garde

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Quatrième de couverture
Au milieu du XIXe siècle, Narcisse Pelletier, un jeune matelot français, est abandonné sur une plage d’Australie. Dix-sept ans plus tard, un navire anglais le retrouve par hasard : il vit nu, tatoué, sait chasser et pêcher à la manière de la tribu qui l’a recueilli. Il a perdu l’usage de la langue française et oublié son nom.
Que s’est-il passé pendant ces dix-sept années? C’est l’énigme à laquelle se heurte Octave de Vallombrun, l’homme providentiel qui recueille à Sydney celui qu’on surnomme désormais le «sauvage blanc».

 

Biographie :
Né en 1959 au Cannet et haut-fonctionnaire, François Garde est l’auteur de « Ce qu’il advint du sauvage blanc », inspiré d’une histoire vraie, Goncourt du premier roman 2012, et de « Pour trois couronnes ».

Mon avis : Merci Babelio et l’opération Masse critique pour une lecture qui m’a enthousiasmée.

 

Roman d’aventure ou récit anthropologique, en tout cas un roman fascinant.

 

L’histoire est basée sur un fait réel : un matelot de 18 ans, Narcisse Pelletier, est abandonné sur une côte australienne isolée. Son bateau a fait escale pour trouver de l’eau et après plusieurs heures de recherche, Narcisse s’aperçoit qu’il est tout seul, le bateau est parti sans lui.

Pourquoi ? Est-ce à cause du mauvais temps qui arrive ?

A partir de cet instant, la solitude va peser sur notre héros, il songe à se suicider puis se fait une promesse : je m’en sortirai vivant. Tout au long de son aventure, cette promesse l’aidera à tenir et à garder espoir.

L’originalité de ce livre tient au mélange entre le récit d’aventure et l’analyse du comportement du héros face aux ‘sauvages’ et aux blancs à son retour. L’occasion nous est donnée de s’interroger une vie bouleversée et tiraillée entre deux cultures : Narcisse a passé dix huit ans en France et dix sept ans dans une contrée isolée d’Australie, comment conjuguer ces deux cultures ? 

D’un côté le matelot, silencieux et mystérieux et de l’autre son tuteur Octave qui met tout en œuvre pour l’aider, en espérant aussi comprendre ce qui s’est passe pendant les 17 ans ou Narcisse est reste avec les sauvages.

 

Narcisse ne raconte pas sa vie de sauvage et se contente de répéter : « Parler, c’est comme mourir ». Octave est déçu par son attitude. Lorsque Narcisse et Octave sont reçus par l’impératrice curieuse de découvrir ce sauvage blanc, Narcisse se livre un peu encouragé par la gentillesse de son hôtesse. A part cette épisode, Narcisse reste murė dans son silence et Octave met tout en œuvre pour comprendre sa vie avant son retour à la civilisation.

 

Formidable roman qui montre la difficulté de vivre, privé de ses racines, ou comment oublier sa culture. Qu’est ce qui sera le plus difficile pour Narcisse : vivre parmi les sauvages ou retrouver la civilisation ?

 

L’écriture et le rythme du livre nous tiennent en haleine jusqu’au bout. Je vais me précipiter sur le second livre de cet auteur paru en mai 2013.

 

Je vous recommande vivement cette lecture.

 

Merci Babelio et Masse critique wpid-Photo-16-juin-2013-0924.jpg

 

Que vous aimiez Ernest Hemingway. ou Les yeux jaunes des crocodiles., Daphné du Maurier. ou Frederic Beigbeder., Babelio vous invite toute l’année à explorer des bibliothèques en ligne. et découvrir des livres. en allant sur Babelio.com.

 

Notation :