L’énigme éternelle de Pearl Buck

Résumé : Ohio, années 1930. Randolph Colfax, dit Rann, est un adolescent surdoué. À la mort de son père, il abandonne ses études pour chercher librement sa voie.

Il quitte les États-Unis pour l’Europe, où deux femmes vont lui faire découvrir les nuances de l’amour : Lady Mary, une aristocrate anglaise qui lui enseigne la sensualité, et Stéphanie Kung, une Sino-Américaine dont le père, un riche marchand d’art, offre à Rann sa succession et la main de sa fille. Le jeune homme refuse, et s’engage dans l’armée américaine. De son expérience sur le front, en Corée, il tire un roman qui lui vaut un succès immédiat. De retour aux États-Unis, il retrouve Stéphanie, qui refuse à son tour de l’épouser…

L’auteur :

Pearl S. Buck, née en 1882 aux Etats-Unis, a été éduquée en Chine où elle a vécu une grande partie de sa vie avant de rentrer dans son pays natal. Elle est l’auteur de nouvelles, de pièces de théâtre, de romans… Première femme à obtenir le prix Pulitzer, en 1932, pour La Terre chinoise, elle a reçu le prix Nobel de littérature pour l’ensemble de son œuvre, en 1938. Ses romans les plus célèbres, La Mère et Vent d’est, vent d’ouest, font figure de classiques. Elle est décédée en 1973.

Mon avis :

Le dernier livre de Pearl Buck, retrouvé quarante ans après et nouvellement édité. J’avais très envie de renouer avec cet auteur qui a bercé mon adolescence. Cela faisait longtemps que je n’avais rien lu d’elle et là en découvrant cet inédit, j’étais impatiente de le découvrir.

Différent de ces autres romans, celui-ci retrace la jeunesse d’un enfant surdoué. Rann est différent, ses parents le remarquent très vite : une curiosité omniprésente et jamais comblée. Son père, universitaire, le prend en main et lui explique tout. L’école se révélant un échec, l’éducation parentale la remplacera. Mentalement mais aussi physiquement, le garçon est différent : hors norme. Il se sent très différent et s’interroge sur tout. Un événement tragique le poussera à partir de la maison alors qu’il n’a pas 18 ans. Quittant les États-Unis, il parcourt l’Europe.

Dans cette seconde partie du livre, on retrouve davantage l’esprit Pearl Buck tel que je l’avais mémorisé : rencontres, aventures et surtout présence de la culture chinoise qui va enthousiasmer notre héros.

Fine analyse psychologique d’un personnage assoiffé de science, croisement des civilisations occidentales et orientales et belle histoire humaine, tels sont les atouts de cette histoire.

J’ai aimé aussi l’écriture et le rythme, j’ai lu rapidement et avec plaisir cet ouvrage qui pourtant est différent du reste de l’œuvre de l’auteur. J’ai aussi apprécié la préface rédigée par l’un des fils adoptifs de l’auteur qui raconte comment le manuscrit a été découvert.

Je vous conseille cette lecture pour une plongée dans un monde occidental avec une once d’oriental : un beau mélange.

Un grand merci aux éditions l’Archipel.

 

 

Notation :

Bon rétablissement de Marie-Sabine Roger

Résumé : Sauvé d’une chute dans la Seine, un homme un peu ours et misanthrope de 67 ans, se retrouve immobilisé dans un lit d’hôpital pendant un mois et demi. Cela lui donne le temps de revisiter sa vie, avec ses bons et mauvais côtés, et surtout de rencontrer des personnes inattendues, lui qui n’attendait plus beaucoup de surprises dans sa vie.

L’auteur :

Née en 1957 près de Bordeaux, Marie-Sabine Roger vit entre la France et La Réunion. Depuis dix ans, elle se consacre entièrement à l’écriture. Son travail est très reconnu en édition jeunesse, où elle a publié une centaine de textes, souvent primés. En littérature générale, elle a notamment publié un roman chez Grasset, Un simple viol en 2004, et des nouvelles chez Thierry Magnier, La théorie du chien perché (2003) et Les encombrants (2007). Son roman précédent, publié au Rouergue en août 2008, La tête en friche à été adapté par Jean Becker.

Mon avis :

Des retrouvailles avec l’auteur de “Tête en friche”. Ayant beaucoup aimé ses autres romans, j’ai renoué avec plaisir avec cette auteure. Ici, une histoire de rencontres humaines entre des personnages cabossés par la vie : de l’humanisme, de l’humour et de la tendresse : un beau cocktail !

L’histoire : un homme solitaire, âge de plus de soixante ans, se réveille à l’hôpital complètement plâtré et dépendant. Comment s’est-il retrouvé dans la Seine à l’aube ? Qui l’a secouru ?

Petit à petit les réponses arrivent mais là n’est pas le plus important : ce sont les rencontres humaines qui illuminent ce récit et vont modifier la vie de Jean-Pierre notre héros.

Il va croiser un jeune policier malheureux, une adolescente paumée, un jeune prostitué : pour un homme bougon et aimant la solitude, cela fait beaucoup de monde. Surtout ces rencontres vont bousculer ses certitudes. L’hôpital devient un lieu de rencontre et d’ouverture sur les autres.

Vivre caché est difficile dans cet univers hospitalier : malgré ses demandes répétées, la porte de sa chambre reste ouverte, difficile dans ses conditions de s’isoler. Pourtant, il demande à chaque visiteur de la fermer.

Une histoire attachante, une écriture fluide, efficace et parsemée d’humour : quel plaisir de lecture et un regret quand le livre est terminé.

A déguster sans modération et j’ai hâte de découvrir l’adaptation cinématographique de Jean Becker qui sortira en septembre.

Notation :

Après minuit de Irmgard Keun

 

Un texte écrit en 1937 par un écrivain allemand et oublié ensuite.

D’abord intéressée par le texte et l’histoire, j’ai vite été déçue et le livre m’est même tombé des mains.

Pourquoi cette constatation lapidaire ? Mon commentaire devrait l’éclairer.

L’histoire : Suzon, l’héroïne raconte une succession d’anecdotes sur son quotidien dans cette Allemagne des années 30 déjà peuplée de SS. Les gens ordinaires qui l’entourent, adulent Hitler et suivent très attentivement toutes les recommandations données par le pouvoir. Est-il possible d’y échapper d’ailleurs ?

La violence monte dans l’indifférence générale

Suzon, orpheline à 16 ans, se retrouve chez sa tante à Cologne et fréquente Franz son cousin puis elle rejoint Algin son frère ainé. Celui-ci partage sa vie avec une femme aux mœurs légères; Suzon découvre alors une jeunesse privilégiée et liée aux artistes en vogue. En face de ces jeunes, des militaires qui appliquent les consignes du pouvoir hitlérien : attention donc à certains propos pouvant conduire ensuite à des dénonciations et interrogatoires. Suzon comprend alors les dangers qui l’entourent.

Ce qui impressionne dans cet ouvrage, c’est la description du climat qui régnait avant-guerre en Allemagne. Des gens ordinaires deviennent nazis très naturellement. Le peuple chante les hymnes, trinque à la santé du pouvoir dans une ambiance festive.

La lâcheté et méchanceté des uns au travers des dénonciations, fait aussi leur bonheur en leur assurant un bon avenir.

L’antisémitisme monte et certaines paroles deviennent des menaces pour ceux qui tentent de s’opposer à cette montée de violence.

Malgré ce climat si bien traduit, je n’ai pas adhéré à l’histoire qui est une succession d’anecdotes sur la vie quotidienne qui ont fini par m’ennuyer. Pas de rythme dans ce roman et une écriture un peu simple, décevante également.

Pour ces raisons, le livre m’est tombé des mains.

J’avais tant aimé, dans un registre proche, le livre «Inconnu à cette adresse» de Kressmann Taylor, qui est aussi une plongée dans la période d’avant-guerre et la montée du nazisme. L’émotion est tellement présente dans le livre de Kressman Taylor alors qu’elle est inexistante dans «Après minuit».

Je vous livre un extrait : « Oui, sans doute, ma vie ici est un enfer, dit Heini, grave et calme, mais que faire à l’étranger ? /…/ J’ai aimé les hommes ; pendant plus de dix ans je me suis usé les doigts à écrire, je me suis creusé la tête pour mettre en garde contre cette folie de barbarie que je sentais venir. Une souris qui siffle pour arrêter une avalanche ! L’avalanche est venue, a tout enseveli, la souris a fini de siffler (p.215).»

L’auteure, née à Berlin, fut contrainte à l’exil. Elle voyagea alors avec son amant, Joseph Roth, avant de revenir clandestinement en Allemagne en 1939, en faisant croire à son suicide pour vivre cachée sous une fausse identité à Cologne, puis fut oubliée.

Ce roman initialement publié en 1939 chez Stock vient de reparaître dans la collection « Vintage » chez Belfond.

Notation :

C’est moi qui éteins les lumières de Zoyâ Pirzâd

Résumé :

Dans un quartier préservé d’Abadan, Clarisse, l’épouse et mère de famille à travers qui l’histoire se déploie, est une femme d’une profonde humanité, intelligente, d’une simplicité de cœur qui nous la rend spontanément attachante. Par ses yeux, on observe le petit cercle qui se presse autour du foyer : un mari ingénieur à la raffinerie, fervent de jeu d’échecs et de politique, les deux filles, adorables et malicieuses jumelles, Armène, le fils vénéré en pleine crise d’adolescence, et la vieille mère enfin qui règne sur la mémoire familiale.

Pourtant la très modeste Clarisse, cuisinière éprouvée qui se dévoue sans compter pour les siens, va bientôt révéler sa nature de personnage tchekhovien, au romanesque d’autant plus désarmant qu’il se montre on ne peut plus retenu. De nouveaux voisins se manifestent en effet, une famille arménienne débarquée de Téhéran qui va très vite bouleverser l’équilibre affectif de notre femme invisible.

L’auteur :

Romancière, nouvelliste hors pair, Zoyâ Pirzâd, née à Abadan d’un père iranien d’origine russe et d’une mère arménienne, fait partie de ces auteurs iraniens majeurs qui ouvrent sur le monde l’écriture persane sans rien céder de leur singularité. Découverte par les éditions Zulma en 2007, elle a reçu en 2009, pour le “Goût âpre des kakis“, le Prix Courrier International du meilleur livre étranger. “C’est moi qui éteins les lumières“, immense succès en Iran, salué par de nombreux prix, dresse avec justesse et drôlerie le portrait d’une société patriarcale scellée par les usages et traditions des femmes.

Mon avis :

Une auteure que j’affectionne particulièrement. Cette histoire, son premier roman est superbe. Envoûtant et sensible, il retrace l’histoire d’une famille arménienne en Iran. Clarisse, l’héroïne, mère au foyer élève ses 3 enfants et s’occupe de sa maison. Bon petit soldat, elle veille au bienêtre de tous ses proches. Sa vie est partagée entre le rangement de sa maison, la cuisine et l’éducation des enfants : une parfaite femme au foyer. Son mari ingénieur, après le dîner et la télé le soir lui demande : c’est toi qui éteins les lumières ?

Les deux autres personnages proches de Clarisse sont sa mère, envahissante et autoritaire et sa sœur qui cherche l’homme idéal. A l’arrivée de nouveaux voisins, cette mécanique bien huilée va s’enrayer.

Le fils de Clarisse tombe amoureux de la petite voisine et Clarisse va s’intéresser au père de la petite voisine. Sa vie bouleversée, l’amène à se poser des questions sur sa vie, ses aspirations et donc à s’opposer à son mari. Un climat très bien rendu, des personnages attachants et une histoire tout en douceur .

Une auteure sensible qui nous dépeint si bien le quotidien de ses personnages qu’ils nous deviennent très proches.

J’ai vécu avec Clarisse et sa famille, partagé ses agacements vis à vis de son mari, sa mère et sa sœur , souri des mots de ses filles et réfléchi sur sa condition de femme.

Son investissement dans la vie de famille l’étouffe par moment. Pourquoi ne pense-t-on pas plus à moi ? Personne ne me demande ce que je pense ?

La littérature et l’amitié d’Emile l’aideront à se sentir exister mais c’est difficile pour une âme sensible et idéaliste comme Clarisse.

Un très beau livre que je recommande chaleureusement pour l’ambiance, l’écriture fluide et l’histoire.

Un grand merci aux éditions Zulma et à Libfly

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Notation :

Les suprêmes de Edward Kelsey Moore

Résumé :

Elles se sont rencontrées à la fin des années 1960 et ne se sont plus quittées depuis : tout le monde les appelle “les Suprêmes”, en référence au célèbre groupe de chanteuses des seventies. Complices dans le bonheur comme dans l’adversité, ces trois irrésistibles quinquas afro-américaines aussi puissantes que fragiles ont, depuis leur adolescence, fait de l’un des restaurants de leur petite ville de l’Indiana longtemps marquée par la ségrégation leur quartier général où, tous les dimanches, entre commérages et confidences, rire et larmes, elles se gavent de nourritures diététiquement incorrectes tout en élaborant leurs stratégies de survie.

L’auteur :

Edward Kelsey Moore est un écrivain et un musicien professionnel.

Il est titulaire d’un Bachelor of Music de l’Université de l’Indiana et d’un Master of Music de l’Université d’État de New York à Stony Brook.

Élevé au bon grain du Midwest, dans l’Indiana avant de s’installer à Chicago, il a pris le temps de s’imposer comme violoncelliste avant de se lancer dans l’écriture.

Les Suprêmes (The Supremes at Earl’s All-you-can-eat, 2013) est son premier roman.

Mon avis :

Un magnifique roman sur l’amitié féminine.

Les trois héroïnes se sont connues à l’adolescence et sont amies depuis quarante ans. Odette, Clarice et Barbara Jean sont différentes mais complémentaires. Leur rendez-vous dominical, déjeuner buffet chez Big Earl, avec mari et enfants est incontournable.

Chacune mène sa vie avec plus ou moins de chance. Leur vie n’est pas simple : ce sont des femmes, elles sont noires et vivent en Indiana. Mais ensemble, elles sont fortes face à l’adversité. Barbara Jean, riche après un beau mariage est la plus secouée par l’existence. Clarice souffre des infidélités de son mari et Odette a des soucis. Attention, ce n’est qu’une partie de l’histoire, l’essentiel étant plutôt dans leur réaction face aux malheurs.

Odette m’a impressionnée par sa force de caractère et sa générosité, l’histoire avançant, un événement tragique va modifier leur vie à toutes les trois, renforçant encore leur amitié indéfectible.

Quelle belle leçon de vie et de bonheur.

Les personnages sont fouillés et criants de vérité,ce qui est d’autant plus étonnant que l’auteur, un homme, a parfaitement traduit les sentiments et émotions féminines.

Chapeau bas !

C’est un livre qui fait du bien et donne envie de cultiver l’optimisme.

On ressort réconforté par cette lecture, on passe si facilement des rires aux larmes.

Heureusement, les rires l’emportent sur la tristesse.

Et on se dit : vive l’amitié !

Émouvant et attendrissant, une ode à la vie à lire, relire et offrir à toutes ses amies.

Un extrait : “Cela faisait presque quarante ans – depuis le temps où l’on avait commencé à les surnommer “les Suprêmes” – que Clarice et ses amies se retrouvaient Chez Earl à cette même table devant la baie vitrée. A l’époque, Little Earl avait un béguin monstre pour chacune d’entre elles, et il avait tout fait pour les séduire en leur offrant des Coca et du poulet frit à volonté.”

 

Notation :