Soffia Bjarnadottir : J’ai toujours ton cœur avec moi

J’ai toujours ton cœur avec moi
J’ai toujours ton cœur avec moi

Résumé : Phénix excentrique tant de fois ressurgi de ses cendres, Siggý n’est plus. Elle qui n’a jamais été là pour personne a légué à sa fille Hildur son mal étrange et une petite maison jaune sur l’île de Flatey. Une lettre de sa mère pour seul viatique, Hildur s’embarque vers ce point minuscule perdu dans l’océan. Avec pour ange tutélaire l’homme aux yeux vairons. Et une foule de souvenirs sans pareils – les extravagances de Siggý et de son voisin Kafka, les mantras de grand-mère Láretta contre les idées noires, l’appel des phoques sacrés ou les fantômes de la rue Klapparstígur… Qui tous portent la promesse d’une singulière renaissance.

 

L’auteur : Soffía Bjarnadóttir a grandi à Reykjavík. J’ai toujours ton cœur avec moi est son premier roman – délicieusement décentré et miraculeusement juste.

 

Mon avis :

Poétique et touchant un beau récit sur la transmission mère fille.

Siggy, une mère toujours absente de son vivant pour ses enfants, transmet une lettre à sa fille Hildur. Celle-ci nous conte ses souffrances et attentes vis à vis de sa mère qui n’a pas su être présente.

La mélancolie, sentiment qui habite notre héroïne, est parfaitement traduit dans ces pages : au travers du style, de la nature isolée et de ses errements.

Comment se construire avec une mère absente ? Pourquoi a-t-elle été abandonnée ?

Beaucoup de désillusion et de la tristesse aussi chez Hildur.

Au travers du récit, nous croisons des personnages fantasques comme Kafka le voisin et compagnon de Hildur ou bien David l’homme aux yeux vairons si lumineux. Petur, le grand frère de Huldur est absent aussi pour l’enterrement de Siggy, pourquoi ? Une mère fantasque, une île désolée, du surnaturel et une question lancinante : quelles sont les raisons de l’éloignement de cette mère ?

Un beau texte sur les relations parents enfants au pays du froid et de la solitude.
A lire pour se plonger dans cette ambiance sublimée par une belle plume.

Merci aux éditions Zulma.

Notation :

Vanessa Barbara : Les nuits de laitue

Les nuits de laitue
Les nuits de laitue

Résumé :

Otto et Ada partagent depuis un demi-siècle une maison jaune perchée sur une colline et une égale passion pour le chou-fleur à la milanaise, le ping-pong et les documentaires animaliers. Sans compter qu’Ada participe intensément à la vie du voisinage, microcosme baroque et réjouissant. Il y a d’abord Nico, préparateur en pharmacie obsédé par les effets secondaires indésirables ; Aníbal, facteur fantasque qui confond systématiquement les destinataires pour favoriser le lien social ; Iolanda et ses chihuahuas hystériques ; Mariana, anthropologue amateur qui cite Marcel Mauss à tout-va ; M. Taniguchi, centenaire japonais persuadé que la Seconde Guerre mondiale n’est pas finie.

L’auteur :

Vanessa Barbara est née à São Paulo en 1982. Elle écrit des chroniques pour le journal Folha de São Paulo et The International New York Times. Les Nuits de laitue est son premier roman.

Mon avis :

Un nouveau talent à découvrir : un premier livre émouvant, sensible avec une pointe de drôlerie et beaucoup de fantaisie.

Une galerie de personnages désopilants, fantasques et très attachants qui nous font vibrer tout du long de notre lecture. Félicitations aussi pour la traduction : l’écriture est très fluide.

Dès le début, j’ai beaucoup aimé le couple Otto et Ada : cinquante ans de vie commune décidant au départ de leur union de ne pas avoir d’enfant, ni chien, ni chat, ni lapin. Une vie l’un pour l’autre et libre de toute entrave. Inséparables, tellement proches qu’ils se confondent : une vie parsemée de “petits riens” comme le jardinage, la cuisine et un sens aigu du partage pour Ada. On ne peut que les aimer ces deux amoureux.

Tous les autres personnages ont un petit grain de folie : un jeune pharmacien incollable sur les effets indésirables des médicaments, un facteur passionné de chants, une voisine sourde qui croit au naturel et d’autres encore qui vivent proches d’Otto et Ada.

Ce livre fait du bien : doux, tendre et qui donne envie de se concentrer sur toutes ces choses qui nous rendent heureux si on le décide.

Précipitez-vous sur ce livre pour sourire, être ému et apprécier la vie telle qu’elle se présente en s’inspirant de la vie d’Ada.

Merci aux éditions Zulma pour cette belle découverte.

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Notation :

Hubert Haddad : Corps désirable

Corps désirable
Corps désirable

Résumé :

C’est un sujet fascinant dont s’empare ici Hubert Haddad. Un célèbre neurochirurgien s’apprêterait à effectuer une greffe inouïe : transplanter la tête d’un homme sur le corps d’un autre… Journaliste engagé, en lutte ouverte contre les trusts pharmaceutiques et les mafias de la finance, Cédric Allyn-Weberson vit avec Lorna une passion entière, charnelle, amoureuse. Jusqu’au jour où il se trouve confronté à une violence radicale, celle de perdre accidentellement l’usage de son corps. Se met alors en branle une machine infernale.

L’auteur :

Auteur d’une œuvre immense, portée par une attention de tous les instants aux ressources de l’imaginaire, Hubert Haddad nous implique magnifiquement dans son engagement d’intellectuel et d’artiste, avec des titres comme Palestine (Prix Renaudot Poche, Prix des cinq continents de la Francophonie), les deux volumes foisonnants du Nouveau Magasin d’écriture ou le très remarqué Peintre d’éventail (Prix Louis Guilloux, Grand Prix SGDL de littérature pour l’ensemble de l’œuvre), et tout récemment, Théorie de la vilaine petite fille.

Mon avis :

Un livre qui interroge sur notre condition humaine face aux dérives des progrès de la médecine.

Cédric, à la suite d’un grave accident, devient tétraplégique. Il n’accepte pas cette situation et quand on lui propose de lui donner un nouveau corps, il se croit sauvé. Son père, milliardaire, finance tout et supervise cette opération hors norme. Son fils se réveille avec un nouveau corps, seule sa tête est d’origine.

Psychologiquement, c’est très difficile à accepter. Il a l’impression qu’un fantôme l’habite et accepte mal ce nouveau corps. Il ne se reconnaît plus : il a perdu son identité. Suivi par une foule de médecins, harcelé par des journalistes qui ont découvert son état et en conflit avec son corps : il a aussi perdu son libre arbitre. Lorna, sa copine, toujours amoureuse, le soutient portant et l’aide à survivre.

Par moment, le pauvre Cédric se sent comme la créature de Frankenstein.
Pour nous lecteurs : frissons garantis si on se met à la place du héros.

Une écriture magnifique et une tension très palpable : un thriller littéraire d’anticipation.
Ce mélange de genre ne doit pas vous rebuter, au contraire.
Précipitez-vous sur cette pépite de la rentrée littéraire.

 

A paraître le 20 août aux Editions Zulma.
Merci aux éditions Zulma pour cette lecture.

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 Mon deuxième livre de la rentrée est un coup de cœur.
A comptabiliser pour le Challenge 1% Rentrée littéraire 2015.

Notation :

Mai en automne de Chantal Creusot

Résumé :

Tout commence avec l’innocente Marie Granville, servante d’une riche ferme du Cotentin. L’admirable portrait de cette ingénue ouvre un roman gigogne qui se déploie de chapitre en chapitre. C’est ainsi qu’on découvre les Vuillard et les Lamaury, le procureur Darban, l’avocat Laribière et ses réceptions tristes sous l’Occupation. Au gré des folies de l’adolescence, du jeu sans fin des fiançailles, des petits et grands désastres du mariage bourgeois, on ressort bouleversé par les figures de femmes qui habitent ce roman limpide, construit par bonds et retours fulgurants, comme pour tout saisir de l’appel désespéré du désir, tandis que le bonheur se dérobe comme un rêve d’enfance.

Mai en automne
Mai en automne

L’auteur :

En clinicienne des passions humaines, Chantal Creusot se penche sur les mystères de l’état amoureux et de ses revers. Saisissant et nostalgique, proche de l’univers balzacien ou de celui de Chabrol, Mai en automne ravive tout un monde oublié qui se remet à palpiter. Cet unique roman, écrit dans la prémonition de ses dernières années, est le livre d’une vie, l’inoubliable testament romanesque d’une femme du XXe siècle.

Mon avis :

Des portraits de femmes saisissants et à fleur de peau. L’émotion nous étreint tout au long de la lecture face à ces destins désenchantés.

La construction du récit est cependant complexe car non linéaire et peut désorienter. Néanmoins, l’intérêt de l’histoire et l’attachement aux personnages nous accrochent.

En effet, on passe d’une héroïne à l’autre de manière désynchronisée tout en alternant les points de vue. L’histoire démarre avec Marie, une jeune servante, un esprit simple qui ne s’émeut jamais et semble à côté de la vie : seule dans sa maison, elle vaque à ses occupations et devient la servante de fermiers pour gagner sa vie. Une fille effacée qui parvient à devenir une présence incontournable pour la fermière, son employeur.

Autre histoire, celle de Solange, jeune fille charmante, coquette dont la vie va basculer après son mariage. Marianne, la meilleure amie de Solange se débat avec les conséquences de sa relation avec son père, un amour exclusif.

Ce sont les quatre familles de ces jeunes gens que nous suivons : fermiers, avocat, médecin ou procureur, une vie provinciale ponctuée par les mariages, naissances et histoires chuchotées. Une grande chronique familiale sur le thème de la destinée et de la fatalité avec une touche de désenchantement.

Une belle écriture très fluide, de l’émotion, un contexte historique autour de la guerre et de l’occupation rendent ce livre très attachant.

Je vous le recommande vivement.

Quelle bonne idée des éditions Zulma, cette version “poche”. N’hésitez pas, procurez-vous le.

D’autres avis : « Elle s’amusait d’un rien, riait de tout » Par Hubert Haddad

« Chantal Creusot n’écrira pas de second livre. Comme ses personnages, elle est née, elle a vécu. Elle nous laisse un roman magnifique. » Sylvie Testud — Le monde des livres.

 

 

Notation :

L’île du Point Nemo de Jean-Marie de Robles

L’auteur : Né en 1954 à Sidi-Bel-Abbès, il est l’auteur, chez Zulma, du monumental Là où les tigres sont chez eux (Prix du Roman Fnac, Prix Giono et Prix Médicis 2008), de La Montagne de minuit et du recueil de nouvelles la Mémoire de riz.

Résumé : Martial Canterel, richissime opiomane, se laisse interrompre dans sa reconstitution de la fameuse bataille de Gaugamèles par son vieil ami Holmes (John Shylock…). Un fabuleux diamant, l’Anankè, a été dérobé à Lady MacRae, tandis que trois pieds droits chaussés de baskets de marque Anankè échouaient sur les côtes écossaises, tout près de son château… Voilà donc Holmes, son majordome et l’aristocratique dandy, bientôt flanqués de Lady MacRae et de sa fille Verity, emportés – pour commencer – dans le Transsibérien à la poursuite de l’insaisissable Enjambeur Nô.

Par une mise en abyme jubilatoire, cette intrigue rebondissante vient s’inscrire dans les aléas d’une fabrique de cigares du Périgord noir où, comme aux Caraïbes, se perpétue la tradition de la lecture, à voix haute, des aventures de Jean Valjean ou de Monte-Cristo. Bientôt reprise par Monsieur Wang, voyeur high-tech, et fondateur de B@bil Books, une usine de montage de liseuses électroniques…

Mon avis :

Roman picaresque, délirant et plein de rebondissements.

Un gros livre de plus de 450 pages qui se lit vite : plusieurs histoires s’empilent et se croisent. Un livre dont la construction surprend et déstabilise parfois, ce qui a aussi piqué ma curiosité. Pas de trêve pour le lecteur, le rythme est endiablé, le style est impeccable et l’histoire incroyable. L’histoire est très difficile à raconter car tellement riche : on y retrouve notamment l’univers de Jules Verne avec des ingrédients plus modernes comme les chapitres courts.

C’est aussi une ode à la littérature célébrée à la fois au travers des grands classiques mais également évoquée avec les liseuses qui ont une place dans l’histoire.

Mon premier livre de cet auteur qualifié de baroque : je confirme.

Je me suis beaucoup amusée, l’histoire est intéressante et survoltée.

Un très bon moment de lecture.

Chapeau bas pour l’imagination de l’auteur.

Pourquoi ce titre ? Voici la définition du titre : Le point Nemo est le nom donné au pôle maritime d’inaccessibilité, c’est-à-dire le point de l’océan le plus éloigné de toute terre émergée.

Maintenant, à vous de lire le roman pour comprendre le titre …

Notation :