Chronique de :  Les petits papiers de Marie-Lou de Corinne Javelaud

Les petits papiers de Marie-Lou

Resumé :

Dans les années 70, Marie-Lou Beltran, serveuse à L’Auberge du bonheur, vit avec sa fille, Dora, et sa mère, Luce, dans la maison familiale du quartier des Chartrons à Bordeaux. La main verte de Luce et les talents culinaires de Marie-Lou font merveille pour créer un cocon harmonieux. Un trouble naît lorsque pour son anniversaire, Marie-Lou offre à Dora une magnifique poupée, dénichée chez un antiquaire. Les femmes Beltran constatent bientôt que la poupée suscite des phénomènes étranges.

L’auteure :

Après des études de lettres et d’histoire de l’art, Corinne Javelaud s’est tournée vers l’écriture. Originaire du Limousin, elle est l’auteure d’une dizaine de romans qui ont connu un succès croissant. Elle est membre du jury du prix des romancières remis chaque année au Forum du livre de Saint-Louis en Alsace.

Ma chronique :

Je confirme : j’aime cette auteure que je suis depuis quelques années, ces cinq précédents ouvrages sont chroniqués sur ce blog.

Un des talents de Corinne est de parvenir à nous immerger complètement dans une époque, les années soixante-dix ici, et dans un terroir, Bordeaux pour ce roman.

Ses romans sont toujours documentés, beaucoup de détails ici sur la transformation de Bordeaux et la culture vinicole, je vous rassure, la lecture est très fluide pourtant car l’intrigue est insérée habilement dans ce contexte.

J’ai aimé les portraits de femme avec Marie-Lou, la jeune mère célibataire, ses relations avec sa mère et celles avec sa fille. On se sent bien avec elles et partager leur quotidien est un plaisir.

L’intrigue nous relie à la sombre période de la seconde guerre mondiale, des secrets qui rejaillissent sur cette période des années soixante-dix.

Corinne allie parfaitement histoire et littérature, ses intrigues sont captivantes, toujours pleines d’émotions et d’une grande humanité.

Un roman à découvrir aux éditions Calmann Lévy.

Notation :

Chronique de : Trois cartouches pour la Saint-Innocent de Michel Embareck

Trois cartouches pour la Saint-Innocent

Résumé :

Jeanne Moreau – rien à voir avec l’actrice – a tué son mari qui la maltraitait depuis des années. Trois balles dans le dos en guise d’épitaphe. Le soutien des réseaux sociaux et des associations de lutte contre les violences faites aux femmes lui a valu de n’effectuer qu’une partie de la peine à laquelle elle a été condamnée aux assises et de bénéficier d’une grâce accordée… le jour de la Saint-Innocent.

L’auteur :

Pendant vingt années en charge de la rubrique justice d’un quotidien régional, Michel Embareck est l’auteur de nombreux polars, dont aux éditions de l’Archipel : Cloaca Maxima, Avis d’obsèques, Personne ne court plus vite qu’une balle et, chez Archipoche : La mort fait mal et Le Rosaire de la douleur.

Ma chronique :

Un polar assez classique, histoire d’une contre-enquête sur le thème des violences conjugales.

Le roman met en scène un journaliste spécialiste des faits-divers qui fouille dans la vie de cette septuagénaire emprisonnée pour le meurtre de son mari.

Forcément, cette histoire rappelle une célèbre affaire…

L’auteur a un style argotique et peu littéraire à mon goût : son récit est parsemé de piques, d’un certain humour et d’une touche de cynisme.

Cette histoire dénonce l’omniprésence des réseaux sociaux et des médias dans les affaires judiciaires. Le héros, à contre-courant avec ses méthodes à l’ancienne,  cherche la vérité à tout prix.

Un roman noir intéressant pour la reconstitution de la contre-enquête avec un style peu littéraire qui m’a déstabilisée.

À vous de vous faire votre opinion.

Paru aux éditions de l’Archipel.

Notation :

Chronique de L’homme qui marche de Jean-Paul Delfino

L’homme qui marche

Résumé :

Marié, deux enfants, Théophraste Sentiero est un homme sans histoires. Aussi prête-t-il peu d’attention à ces tremblements inopinés qui agitent ses jambes et ses pieds en ce soir de Noël. Hélas, ces trépidations s’accentuent et la médecine n’y entend rien…

L’auteur :

Né à Aix-en-Provence, où il réside, Jean-Paul Delfino est scénariste et auteur d’une vingtaine de romans dont Les Voyages de sable (prix des romancières 2019) et Assassins !, récompensé par l’étoile du meilleur roman français 2019 décernée par Le Parisien-Aujourd’hui en France.

Ma chronique :

J’ai aimé déambulé dans Paris avec Théo, ce personnage inclassable, dont la vie étriquée et triste va se métamorphoser.

Son existence est bouleversée suite à un problème physique : ses jambes sont soumises à des « impatiences » et ses pieds se mettent à bouger sans s’arrêter.

Sa femme le rejette et les médecins l’inquiètent.

Pourquoi penser que c’est un souci ? Pourquoi ne pas voir autrement la situation, l’accepter et même en faire une force ?

On assistera ainsi à un véritable tour de force : la transformation de Théo grâce aux bons conseils d’un libraire.

Ce héros et son histoire m’ont fait penser à Marcel Aimé et à la nouvelle « Le passe muraille », un être simple avec une vie passe-partout découvre la fantaisie, l’amour.

Son petit côté fantastique et de belles déclarations d’amour à la littérature m’ont enchantée.

Un roman inclassable comme son héros, très réussi, qui donne envie de marcher et de lire.

Bravo Monsieur Delfino.

Publié aux éditions Héloïse d’Ormesson.

Notation :

Chronique de : La Sirène d’Isé d’Hubert Haddad

La Sirène d’Isé

Résumé :

À la pointe sud de la baie d’Umwelt, loin du monde et hors du temps, le domaine des Descenderies a accueilli des générations de patientes. Né de la fragile Leeloo, Malgorne grandit sous la houlette de Sigrid, entre incompréhension et possession jalouse. Il trouve bientôt refuge dans le dédale de l’extravagant labyrinthe d’ifs, de cyprès, de pins et de mélèzes imaginé par le Dr Riwald. S’il n’entend ni le ressac ni les vagues qui se déchirent sur les brisants, Malgorne se nourrit des vents et scrute sans fin l’horizon.

L’auteur :

Hubert Haddad nous implique magnifiquement dans son engagement d’intellectuel et d’artiste, avec des titres comme Palestine (Prix Renaudot Poche, Prix des cinq continents de la Francophonie), les deux volumes foisonnants du Nouveau Magasin d’écriture, ou le très remarqué Peintre d’éventail (Prix Louis Guilloux, Grand Prix SGDL de littérature pour l’ensemble de l’œuvre).

Ma chronique :

Un plaisir de lecture qui se déguste comme une friandise douce et sucrée, cela se lit doucement, pourquoi pas à voix haute pour nos passages préférés.

Avec Hubert Haddad, partez dans le monde du merveilleux avec beaucoup de poésie, un peu de surnaturel et une dose de sensibilité.

Si l’écriture est unique et magnifique, les personnages aussi sont remarquables et exceptionnels comme Malgorne, le jeune sourd qui nous entraîne dans son monde végétal.

Les livres d’Hubert Haddad sont comme des bijoux précieux : impossible de ne pas tomber sous leur charme. Sans doute grâce à son style inimitable et à ses histoires si poétiques : au final, un plaisir infini de lecture.

Beau, magnifique : les adjectifs me manquent… je n’ai pas le talent d’Hubert Haddad pour décrire mes ressentis de lectrice.

À découvrir absolument aux éditions Zulma.

Notation :

Chronique de : Le berger d’Anne Boquel

Le berger

Résumé :

Lucie est conservatrice d’un petit musée de l’Oise. Rien ne va vraiment mal dans sa vie, rien ne va vraiment bien non plus. Le jour où une amie l’embarque dans un groupe de prière, son existence prend une couleur plus joyeuse. Elle se sent revivre. D’autant que le Berger et maître à penser de la communauté lui fait intégrer le cercle restreint des initiés…

L’auteure :

Anne Boquel vit et enseigne à Lyon. Elle a coécrit avec Étienne Kern plusieurs essais remarqués sur la littérature et les écrivains.

Ma chronique : 

Un livre particulièrement poignant et glaçant qui dépeint les dérives sectaires.

Une lecture qui frappe, j’étais complètement avec Lucie, partageant son quotidien de jeune femme happée par cette emprise. Pourquoi cela a-t-il vrillé ? Comment peut-on se laisser déborder ainsi et se soumettre à la volonté de quelques-uns ? 

Son parcours est pourtant banal : des parents éduqués, une enfance heureuse et un boulot intéressant. Oui mais elle vit seule et la solitude lui pèse. Elle n’est pas toujours à l’aise avec ses parents, ils n’ont pas la même vie et reçoivent beaucoup.

Sa solitude et fragilité psychologique vont la pousser doucement mais sûrement à fréquenter une confrérie qui parle du Christ et de rédemption. Elle est est très attirée par le « berger » celui qui dirige la secte. Très charismatique, il a une voix douce et un petit mot gentil pour chacun.

La jeune femme évoque la notion de « béquille » quand elle pense à ses nouveaux amis et sent une « unité » qui lui rend la vie plus attractive.

Son cheminement est décortiqué et émouvant pour nous lecteurs.

La plume est très fluide, l’histoire prenante : je l’ai lu vite en deux fois seulement, je n’arrivais pas à le poser.

Publié aux éditions du Seuil.

Notation :